Marina et Orlando — vingt ans de plus qu’elle — filent le parfait amour. Alors qu’ils s’apprêtent à s’émerveiller devant les chutes d’Iguazú pour fêter l’anniversaire de Marina, il meurt subitement. Elle se retrouve seule face aux regards et aux préjugés des autres, qui la privent de son deuil.

Lauréat 2017 de l’Ours d’argent du meilleur scénario, et grand favori pour l’Ours d’argent de la meilleur actrice, le film confirme le talent portraitiste de Sebastián Lelio et le génie de sa prestigieuse bande de producteurs: Pablo Larraín (No, Neruda, Jackie) et Maren Ade (Toni Erdmann).

UN FILM SUR LA CRUAUTÉ

Alors que Marina vit le grand amour, la réalité la rattrape. Elle doit vivre à la fois la perte et l’ex- clusion. La famille de l’homme avec qui elle partageait sa vie demeure dans le déni de leur relation, nie son humanité et la prive du deuil. Les policiers ne conçoivent pas une relation saine et stable entre Marina et Orlando, intimement convaincus qu’il s’agit de prostitution. Au même titre, une femme spécialisée dans ces questions prétend aider Marina, mais nie une fois de plus l’amour que partageaient entre les deux amants. Personne ne se préoccupe ni de la brutalité de ce qu’elle vit ni de sa peine et elle n’existe aux yeux des autres que comme étant une anomalie, si bien que le plus dur n’est pas tant la perte que la violence de la confrontation à des murs d’exclusion.

LE TRANSGENRE, MAIS PAS GALVAUDÉ

Mais Una Mujer Fantástica n’est pas un film sur le transgenre. Sebastián Lelio contourne avec brio tous les écueils scénaristiques faciles venant de son héroïne transgenre. L’identité de Marina n’est pas le sujet — en tout cas pas celui du film, mais elle l’est bel et bien aux yeux des autres personnages. D’ailleurs, son identité, on ne la devine qu’après la mort d’Orlando et elle ne nous est que suggérée, et n’importe qu’à travers le regard des autres personnages. La scène la plus glaçante est sans doute celle de l’examen médicale de Marina, où l’inquisition voyeuriste met aussi mal à l’aise qu’elle ne révolte. Ce ne sont pas tant sa transition et la virulence du jugement qui frappent mais la violence, exprimée par l’obsession morbide de la catégorisation, le voyeurisme et l’exclusion. Et c’est en ne décollant jamais du point de vue de l’héroïne que le film est engagé.

L’ENGAGEMENT PAR LE DRAME

Le film n’élude cependant pas la question sociétale qu’il soulève: une femme comme Marina ne peut pas être la bienvenue, est un objet de défiance et éveille fatalement les curiosités les plus déplacées. Mais le réalisateur enrobe ce thème dans un drame touchant et d’une grande justesse entre retenue et tension. Son héroïne est à la fois fascinante et moderne et surtout d’une profonde humanité. Et nous on lui décerne cet Ours d’Argent de la meilleur actrice.

Razmoket

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