Ciné-concerts au Grand Rex ou au Palais des Congrès. Cinéma enfermé dans une sphère à la Géode ou Cinéma en plein-air sous le ciel de la Villette (et bientôt de Cergy). Paris regorge de lieux capables d’offrir des expériences cinématographiques hors du commun. Pourtant, au coeur du 7ème arrondissement de Paris, seul le cinéma La Pagode avait la capacité de transporter ses spectateurs au pays du Soleil Levant.

Commandée en 1896 par le directeur du Bon Marché, autre haut-lieu de la rive gauche, comme cadeau à sa femme, la Pagode s’inscrit dans une époque férue de japonisme et rompt avec le style très haussmannien de l’arrondissement. Construite comme une authentique pagode japonaise, elle regorge de trésors exceptionnels telles que des tapisseries japonaises uniques et des plafonds aux décors magnifiques, recréant l’ambiance d’un véritable palais japonais, et tranchant radicalement avec l’austérité impersonnelle des multiplex parisiens actuels. Le lieu, alors constitué d’un unique espace, faisait office de salle de réception pour de grandes soirées mondaines. Au gré des amours tumultueuses de sa propriétaire, le lieu changea plusieurs fois de mains avant de fermer ses portes en 1927.

A sa réouverture en 1931, le lieu change de fonction pour devenir un cinéma et se place à l’avant-garde de la cinéphilie parisienne. On peut ainsi y découvrir les premiers films de Luis Buñuel, de Renoir puis ceux de la Nouvelle Vague française. C’est notamment dans cette mythique salle que Jean Cocteau y donna la première de son film Le Testament d’Orphée. Le lieu fut repris dans les années 1970 par Louis Malle qui transforma la grande salle de bal en deux plus petits espaces de projection. C’est aussi sous son impulsion que fut aménagé un jardin zen d’inspiration japonaise à l’extérieur où l’on pouvait retrouver des acteurs habitués des lieux tels que Jean Rochefort. Jusqu’à ses derniers instants, La Pagode diffusait encore les meilleurs films d’Art et d’Essai.

La Pagode était le dernier cinéma survivant du 7ème. Après presque 3 ans d’affrontements juridiques entre la propriétaire et l’exploitant, La Pagode a été fermée fin 2015 pour rénovations, sans que l’on sache si elle renaîtra un jour de ses cendres. On retiendra que les deux derniers films à y avoir été diffusés sont : Marguerite et Youth (ode à la de la vieillesse). Pour l’occasion, plus d’une centaine de personnes s’était pressées pour faire la queue afin de découvrir, ou redécouvrir une dernière fois avant sa fermeture, ce lieu atypique à mi-chemin entre cinéma et monument historique.

Le Délateur

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