Call Me By Your Name est le 10ème long-métrage du réalisateur italien Luca Guadagnino (Amore, A Bigger Splash). Il met en scène les vacances d’été d’Elio dans la maison de ses parents en Italie, et de sa rencontre avec Oliver, l’assistant du père d’Elio, professeur de philologie dans une université américaine, venant soutenir ce dernier dans ses recherches. Call Me By Your Name montre l’initiation amoureuse et sexuelle (hétérosexuelle et homosexuelle) du jeune homme, dans une ambiance paradisiaque où se mêlent l’italien, le français, et l’anglais, au début des années 1980.

LE DESIR

Ce qui marque, tout d’abord (et ce qui a marqué les CQN lors de son visionnage à Berlin, surtout moi), et pendant une grande partie du film, c’est la façon de traiter le désir. Elio est adolescent et comme tous les adolescents, il se cherche et il cherche à séduire une jeune fille, Marzia (Esther Garrel, TIENS DONC). On notera ainsi la très belle scène, au bord de la rivière, où tout est fait, dans le déshabillement des deux (qui vont simplement se baigner et restent en sous-vêtements), pour nous pousser à bout. A partir de cette scène, le film nous embarque, il donne à voir les premiers émois amoureux et surtout sexuels d’Elio, il nous tient en haleine, et multiplie les références, parfois à la limite de la lourdeur. Ainsi, le massage un peu trop long et suggestif d’Elio par Oliver, les plans sur les visages en sueur et essoufflés d’Oliver et Elio lors de leur balade en vélo et, bien sûr, le gros plan sur une pêche arrachée par Elio, comme une métaphore du fruit défendu et ici de la chose défendue qu’Elio vient de commettre, sont autant de méthodes suggestives qui montrent le désir en donnant presque l’occasion au spectateur de l’expérimenter.

UNE INITIATION

Mais Call Me by Your Name c’est aussi le récit d’une initiation au sexe et à l’amour. On observe l’initiation au sexe avec Marzia, puis avec Oliver et, à la fin, c’est l’amour qu’Elio découvre, dans ses meilleurs et ses pires moments. Initiation qui donne, d’ailleurs, son nom au film, tant cette phrase symbolise la relation amoureuse entre Elio et Oliver, mélange de bienveillance de l’ainé et de tendresse entre les deux. Mais loin d’être un film sur l’homosexualité, comme on voudrait le faire croire au départ, et comme beaucoup de CQN l’ont cru, ce film parle avant tout des premières fois, quelles qu’elles soient : pas seulement par la relation entre Marzia et Elio (en effet, comment rester insensible à la première déception amoureuse de Marzia tant elle peut rappeler des souvenirs, par exemple ?), mais aussi par celle d’Elio et d’Oliver. Ainsi, il serait réducteur de classer l’amour entre Elio et Oliver comme un amour homosexuel, tant leur découverte charnelle, menée en parallèle de leur découverte intellectuelle est universelle. Le tout, dans une ambiance estivale : il fait chaud, les couleurs chaudes, la photographie est soignée pour transmettre cette ambiance de farniente mêlée au désir et aux premiers émois amoureux. Bref, tout est fait pour inciter à la découverte de l’autre (le choix de faire parler plusieurs langues aux personnages, au-delà des contingences du scénario et des acteurs, n’est à ce titre peut-être pas innocent).

LE PARADIS PERDU

Enfin, ce film est touchant parce qu’il relate un paradis perdu, à plusieurs niveaux : paradis perdu de cet été des années 1980, où tout semble permis (le choix de cette famille d’intellectuels américains n’y est sûrement pas pour rien), paradis perdu pour Elio, qui doit bientôt subir un « principe de réalité », et paradis perdu de cette ambiance estivale, qui laisse place à un hiver de la fin du film, comme si l’été ne reviendrait plus jamais dans cette maison, et pour Elio.

Karl Delarge

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