Moonlight est un film d’apprentissage qui relate la construction de Chiron, homosexuel noir grandissant dans les quartiers pauvres de Miami en plein milieu de l’âge d’or du crack. Le film se divise en 3 étapes qui ont forgé la personnalité de Chiron : l’enfance, sans conteste la partie la plus riche, où Chiron est éduqué par une mère célibataire agressive addict au crack et qu’il commence à comprendre sa marginalité, l’adolescence où il découvre son homosexualité, et l’âge adulte où il est devenu dealer.

UN FILM QUI DEPASSE LES CLICHES

Ce qui fait la force de Moonlight, c’est sa capacité à nous surprendre sur des thèmes qui semblent relativement classiques. Quand on voit sur la même affiche autant de thèmes d’actualité, on est tenté de croire que Moonlight a remporté ses Oscars parce que c’est une œuvre indé bien-pensante qui arrive un an après la polémique sur la nomination des acteurs de couleurs pour la célèbre récompense. Mais le film dépasse largement les préjugés. En effet, Moonlight s’interroge bien plus sur la construction du personnage que sur la drogue à Miami dans les années 80. Bien sûr, on ressent un vrai questionnement sur l’influence que peuvent avoir une mère addict au crack, un mentor dealer (porté à l’écran avec beaucoup de justesse par Mahershala Ali, oui oui, le mec d’House of Cards) et une éducation dans la rue. Mais au delà de la réflexion sociologique, le réalisateur n’hésite pas à aborder des thèmes psychologiques, comme la confiance en soi, le lien mère/enfant et surtout le contraste entre le Chiron froid et pas très loquace « à l’extérieur » et son caractère sensible « à l’intérieur ».

“IN MOONLIGHT, BLACK BOYS LOOK BLUE”

La poésie du film se caractérise par une grande fluidité, que ce soit dans les séquences de nuit où tous les plans sont bleutés, les nombreuses scènes près de l’eau (notamment celle où Little apprend à nager) ou encore les gros plans ralentis sur des personnages très expressifs. La musique composée par Nicholas Britell souligne parfaitement l’évolution des personnages et est entrecoupée sans excès par quelques sons de blues. L’intelligence de Moonlight, c’est aussi de décrire avec beaucoup de pudeur la confrontation entre le mutisme de Chiron et l’agressivité de l’environnement et de ses proches. Vous ne trouverez dans ce film aucune scène trash d’affrontement entre gangs, aucune scène tire larme sur l’homophobie qu’affronte le héros. Au contraire, la violence sociale n’est jamais exagérée, tandis que les longs dialogues « sans excès » et les plans oniriques rendent les émotions des personnages authentiques. J’ai rarement vu un film aussi humain. En résumé, malgré une partie sur l’âge adulte un peu moins rythmée et filmée presque en huis clos, Moonlight méritait de battre La La Land pour l’Oscar du meilleur film tant pour son scénario que pour ses qualités visuelles.

Momo

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