2 ans seulement après la sortie de Youth et 3 ans après avoir reçu l’Oscar du meilleur film étranger pour La Grande Bellezza, Paolo Sorrentino s’essaie pour la première fois au petit écran avec la série The Young Pope. Pour son tour d’essai, le réalisateur italien n’a rien voulu laisser au hasard avec un casting XXL (mais non moins audacieux), présentant entre autres Jude Law en pape fraichement élu et Diane Keaton en sœur mystérieuse et protectrice. Coproduction italienne, française, et espagnole, la série a également pu compter sur le soutien des grands noms des chaines télévisées : HBO, Sky, et Canal +.

« HYPOTIQUE ET PROVOCANT »

Le résultat, s’il peut sembler difficile d’accès dans un premier temps, est un véritable succès. Hypnotique et provocant, parfaitement ancré dans l’actualité, la série aborde les thèmes chers au réalisateur : jeunesse, vieillesse, vanité, absurde… The Young Pope propose de suivre le parcours de Lenny Belardo, orphelin et jeune cardinal, fraichement élu pape à l’âge de 47 ans. D’apparence doux et malléable, le jeune pape va se révéler insaisissable, imprévisible, et dangereux. On comprend bien vite que sa vie s’articule encore autour du traumatisme qu’a été son abandon par ses parents (Batman bonjour), faisant de lui un éternel enfant socialement marginal. Il ne tarde pas à prendre des mesures inquiétantes au sein de l’Eglise, s’isolant peu à peu au fil des épisodes.

Si la série est bien évidemment politique, Paolo Sorrentino nous propose avant tout ici de vivre le passage à l’âge adulte d’un grand enfant en manque de repères et disposant d’un pouvoir et de responsabilités le dépassant très largement. Nous sommes donc témoins, au fil des 10 épisodes de la série, d’une lente transformation. Le rythme de la série en est évidemment affecté, et il faudra plusieurs épisodes avant de pouvoir prétendre commencer à comprendre le principal protagoniste.

UNE TECHNIQUE EXCEPTIONNELLE

En tant qu’amoureux du cinéma de Paolo Sorrentino, ma peur avant de commencer cette série était qu’il ait sacrifié sa patte si particulière au profit d’un format plus classique et moins dangereux. Il n’en est rien. BO splendide et audacieuse, plans d’une rare inventivité, poésie omniprésente, couleurs maitrisées à la perfection… la série est techniquement impeccable. Le réalisateur jongle habilement entre plusieurs registres : drame, absurde, comédie… forment un ensemble cohérent et enivrant. Mais si je porte un si grand respect au réalisateur italien, c’est également pour sa capacité à transcender ses acteurs, son incroyable faculté à faire de chaque personnage une icône à part entière. Encore une fois, je n’ai pas été déçu. Jude Law est brillant bien que méconnaissable, les seconds rôles (cardinaux, prêtres, sœurs…) sont sincères et touchants, et pas un épisode ne passe sans que le réalisateur ne s’attarde sur les figurants via des plans d’une formidable grâce.

UN ECHO A L’ACTUALITE

Explosant les codes habituels des séries TV, Paolo Sorrentino livre ici un petit bijou d’élégance et d’intelligence. Politiquement incorrecte, la série fait de plus écho de manière saisissante à certains événements récents (élection de Trump bonjour). Amateurs du cinéma du réalisateur italien ou afficionados de séries à la recherche de nouveautés et d’ambitions, je ne peux que vous conseiller de vous jeter dans ce qui a été pour moi l’une des meilleures surprises cinématographiques de l’année 2016.

Nono les Bons Tuyaux

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