1943, Biélorussie. Flyora, adolescent, décide de quitter son village, sa mère, ses sœurs, pour s’engager chez les partisans au fin fond des forêts biélorusses. Il y découvre une amie, Glasha. Moqué, considéré comme trop jeune pour combattre, il se contente de les observer avec admiration. Mais le camp de guerre est très vite bombardé. Flyora et Glasha, rescapés et seuls, entament un long périple, traversant le pays, la guerre, et ses abominations.

« VA ET REGARDE »

Elem Klimov, le réalisateur, souhaitait d’abord l’intituler « Tuer Hitler ! » lors de sa première écriture. Titre censuré, le film est rebaptisé Idi i smotri, signifiant « Va et regarde » en russe. La traduction française aura eu raison de ce titre parfaitement adapté. A la manière de « The deer hunter » renommé « Voyage au bout de l’enfer » dans la version française, les traducteurs se sont également permis certaines libertés. Mais si Requiem pour un Massacre souligne bien l’importance de la sonorité de ce film, agrémenté de musiques angoissantes, de cris, de pleurs, de bombardements, et de silences pesants, il délaisse l’aspect visuel qui fait toute la force de cette œuvre.

Idi i smotri est un film sur le regard. La violence est frontale, filmée à hauteur humaine. Le réalisme est à un tel niveau que le spectateur est immergé pendant 2h18 en Biélorussie, assistant bouche bée à une guerre dont il connait pourtant déjà les faits. Mais Klimov parvient à nous plonger dans une horreur insoupçonnée et parfaitement retranscrite. Chaque plan relève d’une puissance rare et d’une souffrance malsaine. Pour cela, Klimov a recours aux gros plans, sur des visages apeurés, meurtris, qui font ressortir toute l’intensité de leurs regards et de la terreur qu’ils dégagent.

Si la plupart des scènes dépendent de ce que voit Flyora, Klimov nous livre également des plans plus autonomes, mettant le spectateur dans une confidence qu’il réprouve. On pense à la scène où Florya quitte son village en courant, persuadé de retrouver sa famille « là-bas ». La caméra le suit de dos puis prend le point de vue de Glasha qui court derrière lui, qui se retourne et découvre un amas de cadavres à l’arrière de la maison. Elle sait. Pas lui. La mise en scène est subtile, discrète, mais d’une violence indicible. Klimov nous achève par des scènes de meurtres et de viols non filmées mais suggérées et des plans de cadavres brûlés. La vision est cauchemardesque.

LA GUERRE VUE PAR UN ENFANT

La vision de la Seconde Guerre Mondiale par un jeune adolescent est terriblement efficace. Le film progresse à mesure que Flyora s’enfonce dans les horreurs de la guerre. Son visage change.

On le découvre au début du film innocent, le visage juvénile. Il est enthousiaste. Partir à la guerre combattre les nazis le fascine. L’arrivée des soldats venant le chercher chez sa mère le remplit de joie. Mais plus l’ennemi arrive, symbolisé par un avion militaire que Flyora regarde dans le ciel à différents moments du film, plus la cruauté s’intensifie. Ses joues rosées laissent place à un teint blafard. Ses traits se creusent, marqués par les scènes d’épouvantes auxquelles il a assisté. Ses yeux s’écarquillent. On assiste à l’évolution physique et morale de Flyora, que Klimov nous impose par ses gros plans toujours aussi pesants. La scène où Flyora se fait prendre en photo par des nazis, un pistolet sur la tempe, livide, le visage traversé par un rictus d’effroi nous montre sa transformation qui en dit bien plus que des mots.

Les scènes d’atrocité que l’on voit à travers les yeux d’un enfant rendent ce film de guerre encore plus perturbant, nous forçant à perdre toute notre naïveté face à ces crimes inhumains. La narration nous évoquerait presque Apocalypse Now, la drogue mise à part, où Flyora atteint un point de non-retour face à la barbarie.

UN FILM COMME TEMOIGNAGE

Fruit des propres souvenirs du réalisateur, qui a lui-même vécu l’enfer de la Seconde Guerre Mondiale, Klimov nous livre son témoignage, estimant comme un « devoir de tourner un film sur cette époque ». Réalisé en 1985, au milieu de nombreux autres films célébrant le 40ème anniversaire de la victoire sur l’Allemagne nazie, Requiem pour un Massacre n’est pas un film de propagande mettant en avant l’héroïsme de ceux partis combattre les nazis. On y voit les conséquences sur les civils, allant même jusqu’à nous montrer une série d’images d’archives de la Seconde Guerre Mondiale. Le réalisme est poussé ici jusqu’à son paroxysme. On ne passe pas un bon moment devant Requiem pour un Massacre. C’est désagréable et insoutenable. C’est à voir absolument.

Rima

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