A L’occasion du 20e anniversaire de la sortie du film « Blue Velvet », un certain nombre de cinémas d’outre-manche ont reprogrammé ce chef d’œuvre de David Lynch ; le film étant sorti un an plus tard en France, on peut toujours allumer un cierge pour espérer que les salles françaises suivent cette heureuse initiative. J’avais déjà vu et aimé le film sur écran d’ordi, mais c’est en salle que j’ai pu être pleinement bouleversé par sa beauté sensuelle et cruelle.

L’UNIVERS MALSAIN DE LA PETITE VILLE DE LUMBERTON

L’intrigue suit les pas du jeune Jeffrey Beaumont (incarné par Kyle MacLachlan, devenu à cette occasion acteur fétiche de Lynch, qu’on a retrouvé et que l’on retrouvera du côté de Twin Peaks) qui découvre un beau matin dans la petite ville de Lumberton une oreille coupée dans un terrain vague. Il va rapporter cette oreille au commissariat, mais, emporté aussi bien par une curiosité presque malsaine que par une volonté de séduire la fille du shérif Laura Dern (incarnée par Sandy Wiliams, que l’on retrouvera également dans d’autres films de Lynch, ainsi que dans Jurassic Park), Jeffrey va décider de continuer l’enquête de son côté, et de plus en plus s’enfoncer dans le monde sordide et cauchemardesque que cache l’apparence paisible de Lumberton.

La célébrissime première scène du film, qui nous emmène par une succession de plans d’une vision paradisiaque de la petite ville de province très american dream jusqu’au grouillement des insectes au ras du sol, introduit à merveille le récit et surtout l’ambiance dérangeante qui s’en dégage. David Lynch nous emmène dans un monde étrange et pourtant si familier, le monde des pulsions inavouables, au contact des vices les plus indicibles, à la frontière du cauchemar mais aussi au cœur de notre humanité. En effet, cette plongée dont on ne sort pas indemne a également un attrait vénéneux, à l’image du personnage ambigu de Dorothy Valance, merveilleusement incarné par Isabella Rossellini.

Le cinéma de David Lynch a la réputation d’être clivant, on aime ou on déteste. Pour moi, Blue Velvet est le meilleur film pour s’approcher de l’univers du maître du surréalisme américain, héritier de Breton et de Dali, mais aussi de Hitchcock et du Film Noir : non pas pour y tremper un doigt de pied, mais pour être happé dans cet univers fascinant fabriqué dans l’étoffe dont sont faits les rêves, ou plutôt les cauchemars.

La Burge

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