L’Odyssée c’est le biopic qui fait un carton au Box Office depuis sa sortie, précédée d’un véritable arsenal d’avant-premières déployé sur toute la côte Atlantique et dans les grandes villes françaises. Le film retrace le destin du Commandant Cousteau en peignant un portrait qui se veut – bien trop – exhaustif de ses différents traits de personnalité. De l’achat de La Calypso – le bateau qui a été celui de toutes ses expéditions, mais surtout sa muse – jusqu’à la mort du rebelle fils cadet, interprété par Pierre Niney, les deux heures que durent le film sont un hommage à la famille Cousteau.

LE BIOPIC : LA RECETTE MIRACLE ?

Il n’y a pas que le plan de sortie qui soit redoutablement efficace. Le film en lui-même l’est aussi. Le parti pris du réalisateur a été de ne pas faire de choix dans le traitement du Commandant. À voir le film, on sent que Jérôme Salle a voulu embrasser toutes les facettes de ce personnage public dont on découvre la vie privée. Et, assez classiquement, la dualité donnée à son personnage n’est autre que celle de l’homme au destin extraordinaire mais qui a une part d’ombre révélée à la lumière du film. En bref, c’est rendre une part d’humanité à un pseudo- mythe vivant.

Lambert Wilson devient donc le temps de deux heures un passionné de « l’apesanteur la plus totale », ce « monde entier à découvrir », et toujours assoiffé de découvertes, n’hésitant pas à bruler les meubles pour assouvir ses insatiables pulsions d’ailleurs sous-marin.

Audrey Tautou est assez convaincante dans son rôle de femme dévouée, trompée et lassée de voir son mari sombrer dans la folie des grandeurs. Elle joue une femme de l’ombre, mais non moins remarquable par sa présence. Seul lien restant du Commandant avec la raison, elle est un soutien infaillible, et c’est elle, la véritable commandante de La Calypso.

PHOTOGRAPHIE & MUSIQUE SORTENT LE FILM DE L’EAU

Alors oui, il y a quelque chose que l’on peut difficilement enlever au film, c’est sa photographie. Jérôme Salle a fait le choix de l’authenticité – au moins pour l’image –. Presque aucun fond vert, les acteurs se sont réellement mouillés pour tourner les scènes de plongée. La scène où Pierre Niney approche d’un peu trop près les requins pour capter des images pour son documentaire est d’ailleurs le passage du film le plus saisissant.

On se prend à rêver de voyage en eaux obscures devant ces profondeurs méconnues, le soleil se couchant sur l’Antarctique et devant les ballets de poisson. Ironie de ce choix technique, les poissons ont dû être ajoutés en post-prod parce qu’il n’y en a pas/plus assez en Méditerranée. Finalement, la réelle profondeur du film est sûrement celle des océans filmés…

En ce qui concerne la bande son, le silence des profondeurs sous-marines est noyé par une bande originale savamment orchestrée par son compositeur Alexandre Desplat (Imitation Game, The Danish Girl, The Grand Budapest Hotel, Argo) qui rend le tout plus spectaculaire encore.

UNE ERREUR DE CIBLAGE ?

Dans l’Odyssée, on découvre un Commandant Cousteau à la fois scientifique – il est l’inventeur du scaphandre -, cinéaste, faisant rêver des générations entières avec les premières images de l’immensité sous-marine, et personnage privé.

Ce qui est certainement un des plus beaux hommages qui ait pu lui être rendu, peine toutefois à toucher les jeunes générations qui n’ont pas grandi au fil de ses épopées, mais plutôt avec la banalisation des images numériques et la sensibilisation au message écologique déjà bien répandue. Dans le film, la question écologique est bel et bien abordée mais on a du mal à être convaincus, tant elle intervient sur la fin et de manière assez poussive.

On s’identifie en revanche plus facilement au fils cadet rebelle qui pointe du doigt l’opportunisme et la mégalomanie de son père : « T’es prêt à faire n’importe quoi pour du fric en fait ! Tu vas pouvoir raconter une belle histoire, bien bidon, bien mégalo, comme t’aimes ! ». Et ça on aurait aimé lui dire aussi…

Razmoket

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