Hana, 19 ans, étudie dans une université de Tokyo, lorsqu’elle remarque dans sa classe un jeune garçon qui semble solitaire, marginal. Elle s’intéresse à lui, lui propose de l’aider dans ses études. Ils tombent amoureux. Un jour, le jeune étudiant tient à lui révéler son secret : en se transformant sous ses yeux, il se révèle être un homme-loup, un des derniers descendants des loups de Honshu aujourd’hui disparus. Elle n’est pas effrayée. Ils s’installent ensemble, et Hana tombe rapidement enceinte, d’une fille d’abord, Yuki, puis d’un garçon, Ame. Un soir, le père meurt brutalement dans un accident. Hana se retrouve seule, sans revenu, avec deux enfants en bas âge à élever. Et pas n’importe quels enfants : des enfants-loups. Ces derniers vacillent entre forme humaine et forme animale, et leur nature se manifeste souvent au plus mauvais moment, comme lorsqu’ils se mettent à hurler à la lune, une fois la nuit venue, dans son petit appartement. Et lorsque l’un d’entre eux tombe malade, où l’emmener : chez le médecin, ou le vétérinaire ? Comment dissimuler leur nature aux yeux du monde ? Poussée par les événements, Hana quitte Tokyo et emmène sa petite famille pour s’installer dans un village reclus dans les montagnes, apprenant avec difficulté la vie agricole pour permettre à ses enfants de vivre leur double nature le plus librement possible.

MÈRE COURAGE ET NOSTALGIE DE L’ENFANCE

Si Les Enfants loups, dans le texte, pourrait passer pour un grand récit épique et fantastique, il surprend son public, en se révélant être un conte simple et bouleversant sur la vie de famille et l’enfance, ainsi qu’une magnifique ode à la nature. Les situations et les personnages émeuvent sans jamais basculer dans le pathos : comment ne pas se prendre d’affection pour Hana, cette jeune fille que l’on voit devenir mère presque par hasard, et se retrouver seule du jour au lendemain ? « Mère courage « sans jamais être « mère de douleur », elle refuse catégoriquement de se laisser aller à l’apitoiement, et s’efforce de toujours arborer un sourire radieux, même forcé. Elle s’interdit de vivre le deuil de l’amour de sa vie, ayant à charge deux enfants, encore trop jeunes pour comprendre, et enchaîne les tâches ménagères et les petits boulots, quitte à frôler l’épuisement. On pourrait l’imaginer amère de se retrouver dans une telle situation, privée de l’avenir brillant auquel elle était promise : et pourtant, à chaque instant, elle rayonne du bonheur intense que lui procure sa petite vie de famille. Ces deux enfants, eux, forment le cœur du récit : on voit évoluer, petit à petit, leur caractère, leurs désirs, et leur destinée, leurs expériences, de leur naissance à leur adolescence, jusqu’au choix, inévitable, entre la nature de loup et la nature d’être humain. Cette vie de famille est marquée par la dichotomie entre les caractères des enfants loups : Yuki, la petit fille vive, turbulente, et Ame, le petit garçon timoré, pleurnichard. Dans Les Enfants loups, la perception du temps est continue, comme le cours d’une rivière : les scènes de vie se succèdent comme les photographies d’un album de famille, souvent muettes, et accompagnées par une bande son toute simple, piano, violon, voix, qui réussit souvent à faire monter une petite larme à l’œil. En voyant les années passer à l’écran, on se surprend à se demander : et moi, j’étais comment, petit-e ? Y avait-il quelque chose dans mon caractère qui aurait permis de deviner ce que j’allais devenir ensuite ?

LE RETOUR À LA NATURE

Le thème du retour à la nature, très présent dans la cinématographie japonaise animée (on pense évidemment à Miyazaki) est aussi une allégorie du retour à l’enfance : le monde adulte, moderne, urbain, trop urbain, rêve de retrouver la campagne de l’enfance, l’isolement, la joie animiste de la présence de la nature. Ce retour brutal n’est pas sans difficulté, comme on peut le voir dans la volonté d’Hana de faire pousser son propre potager, lui permettant de vivre en quasi-autarcie, loin des regards inquisiteurs qui pourraient se poser sur sa progéniture. Elle essaie de nombreuses fois, échoue, y met du sien ; elle restaure la maison décrépie qu’elle a achetée pour élever sa famille avec la même volonté, infatigable, toujours avec un grand sourire. C’est toute la force de ce film : dans ces situations de famille difficiles, il baigne toujours une vraie gaieté. Les larmes contenues s’accompagnent souvent de francs sourires. Ce conte magnifique est également porté par la superbe animation de Mamoru Hosoda, promis comme un des grands successeurs de Miyazaki, réalisateur de Summer Wars et du récent Le Garçon et la Bête, entre autres. Les paysages du Japon rural sont peints avec une finesse presque romantique : on pense au plan d’introduction, une simple fleur balayée par le vent, si réaliste qu’on pourrait croire à une prise d’images réelles. Les personnages évoluent avec grâce dans ce décor où bruissent criquets et grillons, changeant au gré des saisons, miroir du changement psychologique des deux enfants au fil des années. Un voyage rétrospectif vers l’émotion de l’enfance, l’amour d’une mère, un retour à la Nature qui une projection vers sa propre nature, celle que l’on doit choisir une fois atteint l’âge de raison. Une émotion toute en simplicité, qui emplit le cœur, brouille la vue, et sème sur son chemin de nombreux sourires inattendus.

Dess

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