Je vois déjà les ayatollahs du cinéma montés au créneau : « Quoi ? Gattaca dans un dossier sur le sport au cinéma ? » Oui. Ce drame de science-fiction aborde le sport dans l’ensemble de ses caractéristiques : l’effort physique, la performance, le dépassement de soi, l’endurance, l’entraide, l’émulation, la compétition et même le dopage et la tricherie. A travers des sessions sportives filmées ou directement dans la narration, l’essence du sport est présente tout au long du film.

DES MUTATIONS D’ADN ET DES MEURTRES

L’histoire se déroule dans un monde qui ferait s’évanouir Christine Boutin, dans lequel l’eugénisme a triomphé et la discrimination se fait sur le génotype et non plus le phénotype. Vincent, fruit d’une baise tradi et non d’une éprouvette, n’a clairement pas les gênes pour entrer à Gattaca, la Grande Ecole des voyages spatiaux. Il fait donc appel à Jérôme, un étalon de première classe niveau ADN devenu handicapé à la suite d’un accident. Vincent va se travestir en Jérôme grâce à divers accessoires (empreintes, lentilles) pour ressembler à ce dernier et ainsi rejoindre l’élite de la navigation spatiale. Tout bascule lorsque le frère de Vincent, inspecteur de profession, débarque sur le campus pour mener l’enquête sur un meurtre qui a eu lieu à Gattaca, et peut donc trahir l’identité de son frère à tout instant.

UN FILM SUR LE DEPASSEMENT DE SOI…

La problématique principale du film est le dépassement de soi, de ce que la vie nous a donné. Vincent est exemplaire physiquement, mais pas assez si l’on en croit sa génétique. Il fait tout pour surpasser ses camarades, faire enfin ses preuves, après une enfance dans l’ombre de son frère en tant qu’éternel second. Il est intéressant de noter qu’ici la tricherie dont fait preuve Vincent (notamment en truquant son électrocardiogramme) n’est pas utilisée pour améliorer sa performance mais pour masquer les défauts inhérents et naturels à celle-ci (une hypertension critique). Ses performances sont les fruits de lourds sacrifices : celui de son identité tout d’abord, en se faisant passer pour un ancien athlète, mais aussi celui de la raison, notamment lors d’une scène chargée en émotions où les deux frères s’affrontent dans une ultime course à la nage (scène qui fait pleurer à chaque fois l’auteur de ces lignes). C’est lors de cette scène que Vincent prouve que c’est justement ses failles, son imperfection qui fondent son humanité et sa force face à la version parfaite qu’il aurait pu être et qu’incarne son frère.

MAIS AUSSI SUR LE COLLECTIF DANS LE SPORT

La compétition et la sélection sont omniprésentes dans le film mais c’est pour mieux mettre l’accent sur le rôle prépondérant que jouent la projection et l’entraide dans la réussite d’un exploit. Vincent ne peut partir dans l’espace sans l’aide de Jérôme qui lui se projette en Vincent, ce double qui passe avec brio des épreuves sportives comme il en avait l’habitude avant son accident. Gattaca révèle des idées pertinentes sous le prisme du sport mais cela ne doit pas restreindre les multiples analyses et questions dont il peut faire l’objet notamment concernant la volonté, l’humain, l’éthique et surtout la bioéthique, thème qui près de 20 ans après la sortie du film, se révèle de plus en plus prégnant et actuel.

Type Fée

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