DE LA QUESTION PETOULE

Si vous avez la « chance » de fréquenter Clémentine Tasmania Mousseron, vous avez peut-être eu l’occasion de l’entendre prononcer une phrase du type : « Ohf, non, moi, tu sais, j’aime pas trop les trucs qui font peur… Je suis un peu une pétoule. »

Une-euh pé-toule. Hm. Qu’est-ce ?

« Pétoule [petul] féminin : (Occitanie) Petite crotte. » Ah. Bon. On ne voit pas bien le rapport avec le fait d’être peureux, mais soit.

Cette très nécessaire introduction me permet donc de lancer un avertissement, à toi, ami lecteur : attention, ce film n’est pas un film pour pétoules.

SUPERBE HORREUR

En l’an de grâce 1630, en Nouvelle-Angleterre, une famille de colons dévote jusqu’à l’ascétisme s’installe dans une chaumière bordée d’une inquiétante forêt, suite à son exclusion de la communauté puritaine pour « péché de vanité ». Ainsi débute,
pour William, Katherine, et leurs cinq enfants, une vie rythmée par les prières et le travail à la ferme. Mais après la mystérieuse disparition de leur dernier-né, les événements étranges se succèdent, basculant graduellement dans l’horreur, et Thomasin, l’aînée de la famille, se voit soupçonnée de sorcellerie par sa propre famille : à la peur de Dieu, s’ajoute la peur des forces maléfiques cachées dans les bois, et dans le cœur des hommes…

A l’évidence, The Witch (ça veut dire « la sorcière » en anglais) s’inscrit dans la lignée des films d’horreur à l’ambition artistique assumée : The Shining , Rosemary’s Baby , ou même encore le récent Conjuring. La véritable horreur, bien plus que dans les manifestations surnaturelles, se situe dans le climat vicié, malsain, qui règne au sein de ce foyer obsédé jusqu’à la névrose par la rémission de péchés fantasmés (ou pas). Les prières chuchotées et sanglotantes d’une mère hystérique, l’austérité d’un père débitant du bois à longueur de jour et de nuit comme un dément, le regard concupiscent d’un jeune garçon sur la poitrine naissante de sa sœur aînée, des jumeaux chantonnant en se tenant par la main (coucou « Shining ») et se laissant murmurer des secrets à l’oreille par le bouc noir de la maison… Tout contribue à distiller une angoisse qui devient vite une véritable terreur.

« THE WITCH SCARED THE HELL OUT OF ME » – STEPHEN KING

La véritable clé de voûte de ce film est sa cinématographie crépusculaire, pour laquelle le qualificatif « splendide » semble euphémique, et qui lui a d’ailleurs valu, à juste titre, le Prix de la mise en scène au festival Sundance de 2015. Les clairsobscurs à la Rembrandt forment un parfait reflet du propos psychologique du film : la lueur vacillante des chandelles de la maisonnée peinent à écarter les ténèbres environnantes, tout comme cette foi rigide, brandie comme un totem, ne saurait éloigner les noires pulsions qui se manifestent à l’orée de la conscience, et que l’on ne peut que deviner, sans jamais pouvoir les regarder de pleine face.

Il convient également de saluer la performance de tous les acteurs, et en particulier des enfants, étonnamment justes dans un vieil anglais du XVIIème siècle. Anya Taylor-Joy, l’interprète de Thomasin, mérite amplement le label « petite jeune à suivre ». La musique, parfaitement maîtrisée, le souci du détail historique, salué par la critique… Tout contribue, dans « The Witch » à créer une ambiance à part, véritablement fascinante. Jusqu’à ce final tout simplement terrifiant, le charme noir du film opère, captive le spectateur, sans jamais le laisser souffler.

Si vous cherchez, donc, du frisson de première qualité, ce film est fait pour vous. Autrement, pétoules, passez votre chemin.

Dess

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