Si le titre du dernier documentaire de Sébastien Lifshitz est au pluriel, c’est bien parce que l’existence singulière de Thérèse Clerc est elle aussi plurielle. Et ceci paraît dans la structure même du film, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs cette année. Lifshitz alterne les séquences retrospectives, via albums photos et images d’archives, sur l’histoire de Thérèse et les scènes de ses derniers mois d’existence qu’il a filmé spécialement pour le documentaire, pour répondre à la volonté de Thérèse de faire un film sur son histoire.

UNE VIE EN CONTRADICTION AVEC SON EDUCATION

Née dans une famille bourgeoise et catholique, Thérèse suivra le chemin tracé de toute jeune fille rangée : épouse à 20 ans, mère de 4 enfants et femme au foyer pour occupation. Arrive mai 68. A 40 ans, Thérèse divorce, s’exile à Paris, travaille aux Galeries Lafayette et se découvre lesbienne (définissant sa sexualité comme un « choix politique »). Elle prend part activement au mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception et pratique des avortements clandestins à son domicile. Thérèse se battra toute sa vie pour les femmes, le soutien aux personnes âgées, les homosexuel-le-s et la paix. Thérèse s’est éteinte le 16 février 2016.

LES DERNIERS MOMENTS D’UNE FEMME DE COMBATS

Mais Les vies de Thérèse n’est pas un documentaire biographique. C’est un film sur le « dernier combat » d’une femme qui en a connu tant, un combat des plus banals et pourtant le plus inévitable de tous: la fin de vie et le départ. Dépourvu de tout voyeurisme et obscénité, Lifshitz filme sans aucun tabou et sans laideur le dépérissement gracieux, l’épuisement et l’apaisement d’une femme d’exception. Exceptionnelle de par les combats qu’elle a mené bien entendu mais aussi par sa vivacité d’esprit, sa sagacité et sa beauté qui crève l’écran malgré ses 88 balais. Lifshitz montre les réflexions et le quotidien d’une femme qui s’apprête à mourir et qui nous livre les messages les plus vrais et les plus simples sur la vie telle qu’elle la voit à l’aube de sa fin. Comme dans son précédent film Les invisibles auquel Thérèse a aussi participé, c’est par les scènes du quotidien, les « petits riens », qu’il montre la vérité d’une vie, ses traits les plus frappants et essentiels. Mais Thérèse n’est pas seule. Elle est accompagnée de sa famille qui se prépare à son départ. Quatre enfants qui réagissent différemment face à la disparition prochaine d’un être qu’ils ont connu toute leur vie. Peinant, tâtonnant à réagir et à aborder le problème comme il le faut à la fois pour elle mais aussi pour eux-mêmes. Il est d’ailleurs frappant de voir à quel point l’éducation façonne notre rapport à la mort et au deuil futur. Cela transparaît en effet entre l’aînée, qui a vécu avec la Thérèse rangée, paralysée et démunie par cette situation, et la benjamine, qui, elle, a vécu la Thérèse libérée qui invitait à dîner le tout Paris universitaire et communiste et faisait pousser de la weed sur son balcon, bien plus apte et ouverte à la perte de sa mère.

« UNE INVITATION A L’OUVERTURE »

Les vies de Thérèse n’est pas non plus un film grave sur un sujet pesant. Il est une invitation à l’ouverture, à être soi, à vivre tel qu’on le veut et tel qu’on le ressent peu importent l’âge et les ancrages. Ce film est important car il nous rappelle que, malgré les envolées lyriques dont j’ai pu faire preuve pour cette critique, la vie est précieuse et qu’elle ne peut qu’être vécue pleinement et intensément dans la vérité de son être.

Type Fée

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