Film d’ouverture de cette 69ème édition cannoise, l’esthétique du film est à l’image du faste du festival. Surfait, superposition de clichés, vide de profondeur, voilà qui ravira les anti-Woody les plus résolus. Toutefois, le réalisateur new-yorkais semble bien avoir renoué avec le talent, en signant là son meilleur film de la dernière décennie. Entre opulence et légèreté, fatalité et dérision, Woody honore son art et ravit à nouveau.

HOLLYWOOD, L’EL DORADO

La trame n’a rien d’original: une soif d’ambition qui pousse à l’aventure, une quête de gloire déçue et un chassé-croisé amoureux. Un père trop rustre, une mère trop juive, un frère trop gangster, une sœur trop intello de gauche. Bobby, rouquin malingre fasciné par le cinéma et éternel new-yorkais, décide de fuir le destin familial et de tenter sa chance dans le Hollywood fastueux et sulfureux des années 30. Il y retrouve son oncle, puissant agent de stars, qui l’engage comme coursier et lui présente Vonnie, sa secrétaire et sa maitresse, pour lui faire découvrir la ville. Immédiatement épris, Bobby le restera, même si celle-ci répondra à l’appel de l’argent et du pouvoir, et choisira l’oncle comme mari.

CRUEL ET NOSTALGIQUE

Si Woody exècre le Los Angeles d’aujourd’hui, le film est bel est bien un hommage nostalgique à l’Hollywood des années 30. Même si Café Society est bien un film de Woody Allen en ce qu’il est d’une légèreté déconcertante, ce qui peut être frustrant en sortie de salle, le film laisse cependant songeur à propos des conséquences et des dommages collatéraux de nos choix, et surtout à propos de la fatalité de la résilience. Choisir Los Angeles et revenir à sa ville natale; aspirer à la gloire et revenir au confort oppressant familial; aimer Bobby et revenir à l’oncle. Le film nous offre bien des illustrations de l’adage « Il faut que tout change pour que rien ne change ». La légèreté ne tait pas non plus les questions dérangeantes que le film soulève à propos de l’amour. Bobby a tout du héros tragique, tiraillé entre des deux amours, confronté violemment à une Vonnie happée par le luxe et le pouvoir, et vivant hantée par cette histoire d’amour en suspens.

ESTHÉTIQUE ET SAVOUREUX

Woody Allen dresse une infinité de portraits. Bien plus que nécessaire pour un tel scénario. Kirsten Stewart et Blake Lively sont resplendissantes (plus qu’elles ne sont convaincantes). Les plans sont filmés dans une lumière californienne idéalisée, faisant de Los Angeles un paradis hispanisant. Quand à New-York, elle apparait comme une vision fantasmée. Le night-club que dirige Bobby et qui grouille d’aristocrates, intellectuels, artistes, qui précèdent la jet set, Woody parvient à le rendre à la fois troublant et amusant. Quand à son humour noir, on le retrouve plus que jamais dans certaines scènes de quiproquo, mais surtout à travers la mère juive, qui vacille à l’idée d’avoir un fils condamné à mort pour crime et banditisme et qui, comme si cela ne suffisait pas, devient catholique pour avoir droit au paradis, seul chose qui manque au judaïsme et expliquerait son manque de succès.

Zguegou

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