Une jeune fille débarque à Los Angeles. Elle veut être mannequin. Dès le début, elle le dit : elle ne sait rien faire, mis à part être belle. Et tous les professionnels du milieu vont être étrangement attirés par elle. Au point de lui vouer une forme de culte. Voilà le point de départ du nouveau Refn, le réalisateur de Drive et d’Only God Forgives. Derrière ce départ très simpliste, vient un film bien plus complexe et intéressant qu’il n’y paraît.

PLUIE DE PAILLETTES DANS TA FACE

J’apprécie particulièrement ce réalisateur pour ses images, toujours magnifiques, sa lumière (en particulier dans ses images de nuit) incroyable, et ses couleurs qui en mettent plein les yeux. Et The Neon Demon est typiquement un film d’images. Plastiquement, il est magnifique. Les couleurs sont somptueuses, chaque image est soignée, léchée, travaillée à outrance pour éblouir et séduire le spectateur. Lorsque je l’ai vu, j’ai été scotchée, fascinée. Et pourtant, rien ne fait trop ou vulgaire. Même les paillettes ne font pas penser à un club gay des années 70. Et dieu sait que c’est compliqué.

CINE PHILO

Cette attention à l’image n’est pas seulement du fait d’un réalisateur obsédé par la lumière et le spectre colorimétrique : elle correspond très bien à l’idée même du film et à son sujet (attention, c’est la minute philosophique). Refn a eu la grande intelligence de parler du milieu du mannequinat sans mentionner la drogue, l’anorexie ou la fête constante, et l’objectivisation des jeunes filles qui tombe dans le milieu bien trop jeunes inexpérimentées (sujets dont il faut parler, mais qui font assez redondant dans un film). Il l’a abordé selon le prisme de la beauté et de sa conception, de sa perception par le reste du monde. Sans rentrer dans des considérations kantiennes, j’ai été ravie de retrouver certains éléments que j’avais pu voir en philo. La conception de la beauté comme quelque chose qu’on ne peut consommer notamment : en effet, tout le monde tourne autour d’Elle Fanning, mais peut vont aller jusqu’à la toucher, la consommer, ou même la désirer en tant que corps. Seuls ceux qui n’ont pas été touché par sa grâce ou qui ne sont pas éduqués à la beauté cherchent à la posséder. Les autres veulent la présenter, l’idolâtrer, en faire leur déesse, peut être, même. On observe la transformation de cette jeune fille, qui arrive apeurée dans la grande ville, pour devenir un monstre du milieu, consciente de son pouvoir sur les autres. Elle le dira d’ailleurs elle même : elle est dangereuse. Pour qui, on ne le sait pas bien.

Il m’est particulièrement difficile de parler de ce film et de pourquoi il m’a tant plu. Pour le coup, il s’agit vraiment d’une fascination, peut être malsaine, flirtant avec le voyeurisme et la répulsion totale. La musique, entre Cliff Martinez et Julian Winding, aide à obtenir un résultat encore plus immersif. Le résultat relève d’une expérience purement personnelle, pour le coup. Je ne saurais que conseiller l’expérience, mais à vos risques et périls. Si j’ai eu du mal à décrocher mon regard de l’écran, d’autres ont eu du mal à y tourner les yeux. La violence est dérangeante, comme souvent chez Refn, mais là, elle est plus cachée, plus implicite, et tend le film tout du long. Le film est long et peut facilement lasser : si les deux grands intérêts de ce film sont l’image et la mise en scène, clairement, niveau action, on est loin du blockbuster de l’été. Un film pour connaisseur peut être, mais un film fascinant certainement.

Party Girl

 

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