Batman v Superman. Superman est mort. Lois Lane est effondrée sur sa tombe. Oh putain mais quel con ce Batman, il a tué le seul « méta-humain » (oui oui, naming approved by Aristote) capable de protéger la Terre (=USA) d’une invasion de terroristes méta-humains. Quoi de mieux pour y remédier que d’engager des super vilains pour combattre des méta-vilains. Combattre le feu par le feu en somme.

SUICIDE MOVIE

On nous annonçait un film rafraîchissant et novateur qui allait complètement révolutionner  l’histoire des blockbusters. Finalement, on nous sert toujours le même produit ultra-formaté insipide, avec une couche de peinture bariolée pour faire illusion. C’est surtout sa schizophrénie suicidaire qui condamne Suicide Squad à un destin funeste. 14 mois avant la sortie du film, Warner lançait la campagne de communication ultra-agressive. A l’époque, l’ambiance était très dark et le film se voulait résolument sérieux. Face à l’échec de Batman v Superman et au succès de Deadpool (5 mois avant la sortie de Suicide Squad), DC/WB décident de donner une toute autre ambiance au film : exit les couleurs sombres, bonjour les couleurs criardes. La Suicide Squad devient la « Desigual Squad ».

On retrouve cette dichotomie dans le film. La première partie se veut très légère, essayant d’être drôle (en vain) enchaînant les images flashys, les apparitions clownesques et surjouées du Joker de Leto (qui a le mérite de proposer une interprétation différente des précédentes) et les musiques empruntées à la culture pop sans aucune cohérence. Puis, sans prévenir, le film bascule dans la surenchère sombre et les gros pistolets exubérants, pour finir sur une incroyable éjaculation de CGI immonde. On ressort de ces 2h de film consterné par la vacuité de ce produit qui, malgré l’accumulation de personnages, ne raconte rien.

SUICIDE STUDIO

Suicide Squad marque d’une part les difficultés extrêmes rencontrées par DC Comics et Warner Studios à rattraper Marvel et Disney dans leur course effrénée à la domination du monde cinématographique. Ayant accumulé beaucoup de retard, DC/WB cherchent à rattraper le temps en concentrant le concept Avengers (1 perso = 1 film solo) en un faible nombre de films, sans que la mayonnaise ne parvienne à prendre.

Mais Suicide Squad est symptomatique d’un mal beaucoup plus profond qui frappe l’intégralité de l’Entertainment hollywoodien. Les Majors cherchent à avoir un contrôle toujours plus absolu du processus créatif, laissant très peu de marge de manœuvre au réalisateur. Le montage calamiteux de Suicide Squad montre bien que le film a été largement amputé en salle de montage sur ordre des producteurs. Avec à sa tête un homme (Kevin Tsujihara) qui n’a jamais exercé la moindre fonction de production sur un plateau de tournage, qui est là pour vendre un produit marketing et non un film, dans le seul but de cartonner au box-office. Et qui pourrait lui donner tort ? Malgré des critiques calamiteuses (26% sur Rotten Tomatoes, 2/5 sur Allociné), le film s’achemine tranquillement vers des résultats financiers très satisfaisants.

TO INFINITY AND BEYOND

Pour voir Warner et DC utiliser avec soin leur franchise, on préfèrera repenser au lointain souvenir de l’excellente trilogie Dark Knight ou revoir le très drôle et très intelligent The Lego Movie, en attendant The Lego Batman Movie.

Le Délateur

 

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