Film devenu immédiatement culte, notamment pour la célèbre tirade de De Niro « You fucked my wife ? », Raging Bull retrace la carrière aussi fulgurante que sulfureuse du boxeur new-yorkais Jake La Motta, de l’apogée de sa carrière à sa descente aux enfers.

UN BIOPIC TEMOIN DE SON TEMPS

Cinq ans à peine après la sortie de Rocky, Raging Bull surfe sur l’engouement populaire pour les films de boxe. Il prend néanmoins le parti de s’intéresser surtout à l’envers du décor. Sur plus de 2h de film, seulement 15 minutes sont consacrées à des scènes de combats à la limite du ballet chorégraphié. Il aura fallu des mois d’entraînement à De Niro pour atteindre ce niveau de maîtrise, coaché par Jake La Motta himself, qui dira à la sortie du film que « De Niro avait atteint un très bon niveau et qu’il aurait pu être boxeur professionnel ».

C’est aussi et surtout un film qui témoigne de l’état critique dans lequel se trouve à l’époque New York. Une ville sale, en ruine, ravagée par la drogue et la violence sociale. Si à aucun moment Scorsese cherche à excuser le comportement de La Motta, le réalisme avec lequel le cinéaste dépeint New York peut laisser penser que le boxeur est simplement un produit de son époque. Un électron libre perdu au milieu du tumulte vrombissant de la ville.

UN FILM DE BOXE POUR CEUX QUI N’AIMENT PAS CA

De Niro découvre l’autobiographie de Jake La Motta en 1974 sur le tournage du Parrain 2ème Partie, et ne cesse dès lors d’harceler Scorsese pour qu’il porte le film à l’écran. Ce dernier, n’ayant absolument aucun intérêt pour la boxe, se refusa toujours à adapter le film. Pourtant, à la fin des années 70, Scorsese souffre d’une grave dépression, due entre autre à l’échec de New York New York, et d’un problème de forte addiction à la cocaïne. Hospitalisé en urgence, il va alors se replonger dans la biographie de La Motta et établir un parallèle avec sa propre histoire. Tout au long du film, Scorsese maltraite son personnage et montre à quel point son cas est irrécupérable. Ce portrait intransigeant est aussi critique à l’égard du boxeur que du réalisateur lui-même. Il en résulte un film profondément personnel, qui servira de catharsis à Scorsese et marquera le retour du succès dans sa carrière.

UN FILM TOTAL

Pour livrer une telle performance dans le film – qui lui valut son unique Oscar du Meilleur Acteur – De Niro a entre autre passé 3 mois à voyager entre la France et l’Italie pour prendre 30 kilos afin d’interpréter La Motta vieux et complètement ruiné, citant tour à tour des extraits de Macbeth et de Sur les quais.

Raging Bull  marque aussi l’aboutissement de la réalisation de Scorsese, qui opte pour un tournage en noir et blanc, qui n’idéalise pas ses personnages et ses décors, mais au contraire en livre un portrait brut et dur. Le film est tout aussi violent avec ses spectateurs, les scènes de combats ayant été directement tournées sur le ring, souvent en point de vue à la première personne afin d’être au cœur de l’action lorsque les coups pleuvent.

Raging Bull est un film aussi important dans l’histoire des films de sport que dans la carrière personnelle de Scorsese. Elle marque la fin d’un cinéma candide et idéaliste pour laisser place à des films âpres, durs et violents tels que Les Affranchis, Casino ou Les Infiltrés.

Le Délateur

 

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