QUAND LE CINEMA FAIT SES PREMIERES EXPERIENCES

Après une décennie marquée par l’émergence de Hollywood et de ses majors, les années 1920 célèbrent ce modèle et achèvent d’établir le star system. Mais si cette période est un solide fondement de l’industrie du cinéma c’est aussi une avancée sans précédent pour l’art associé à travers des mouvements alternatifs.

VON STROHEIM, UN EXCENTRIQUE DANS UN HOLLYWOOD CONSUMERISTE

Et cela commence par les Etats-Unis même où fleurissent en marge d’un Hollywood bien rangé d’innombrables figures excentriques. Si cette extravagance avait de nombreux visages, aucun ne fut aussi haut en couleur que celui de Erich von Stroheim. Devenu célèbre en jouant rôles d’officiers prussiens sadique -rôle qu’il reprendra pour Renoir en 1937 dans La Grande Illusion – il maintient derrière la caméra sa vision d’aristocrate pervers. Ses oeuvres sont remplies d’allusions sexuelles et d’obsessions, de façon provocante et raffinée, non libidineuse comme Hollywood en raffole à l’époque. Car Von Stroheim se considère comme un artiste, ne songe absolument pas à contenter les propensions consuméristes du public, et ses films sont souvent mutilés par les producteurs.

HOLLYWOOD SEDUIT PAR LE CINEMA SUEDOIS

Hollywood, ciblant le marché international, cherche à attirer les réalisateurs prometteurs étrangers et à absorber ces cinémas indépendants. C’est le cas de l’industrie suédoise qui fut un temps une rivale sérieuse, du moins en Europe. Pendant la guerre, comme beaucoup, les Suédois développent leurs propres productions qui connaissent un succès probant notamment grâce aux réalisateurs Mauritz Stiller et Victor Sjöström. Les films de Sjöström font sensation car la nature y est intégrée dans l’intrigue où elle sert de support dramatique – comme dans Les Proscrits – ce qui est alors radicalement novateur. Il se rend dès 1923 à Hollywood sur invitation de Samuel Goldwyn quand Stiller est lui appelé par Louis Mayer, accompagné de son actrice fétiche: Greta Garbo. Lubitsch succomba lui aussi aux sirènes américaines suite à ses premiers films audacieux, bientôt suivi par ses compatriotes.

LE DEVELOPPEMENT DU CINEMA EXPRESSIONISTE ALLEMAND

L’industrie cinématographique allemande a elle aussi profité de la guerre mais surtout de la fusion des maisons de production au sein de l’Ufa avec le soutien des militaires. Si cette création sert en premier lui des objectifs politiques, elle améliore surtout les standards allemands. Ce terreau fertile permet des approches experimentales du cinéma. Ainsi Le Cabinet du Docteur Caligari de Robert Wiene éveille immédiatement l’interêt des critiques en raison du refus radical de réalisme extérieur, alors de vigueur.

Il est souvent considéré comme le coup d’envoi du film expressionniste allemand muet, même si peu suivent résolument le modèle qu’on peut qualifier d’expressionniste. Mais nombreux déploieront cette atmosphère irrationnelle jusqu’à devenir la marque de fabrique des films de l’époque weimarienne avec leur tendance au fantastique, au sombre au démoniaque. Surtout, d’innombrables long-métrages de ce temps montrent le même plaisir de l’expérimentation et de la liberté artistique. On voit alors se développer le désormais célèbre clair-obscur avec des films comme Faust ou la « caméra déchainée » dans Le Dernier des Hommes, tous deux de Murnau, ainsi que l’art du trucage et du décor grandiloquent suite à Metropolis de Fritz Lang.

Tous ces réalisateurs, ainsi que l’avant-garde française et le cinéma socialiste russes, marquent une période de profonde remise en cause du cinéma traditionnel grand public au profit d’un art plus alternatif. Ils expriment en un sens une prétention d’hégémonie culturelle, une attitude élitiste de personnes qui abhorrent la culture triviale défendue par Hollywood. Se livre alors sur le grand écran une bataille culturelle qui est malheureusement perdue sur le champ des guichets. Encore une fois le cinéma grand public s’impose pour être plus tard de nouveau remis en cause.

Cinématographiquement votre,

Celti

 

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