Sur le tapis rouge, la rumeur dit que le palmarès est bon lorsque la sélection est moyenne, mais qu’il est médiocre lorsque la sélection est d’une grande qualité. Il est vrai que cette année, alors que les films étaient très bons dans l’ensemble (si l’on excuse les quelques daubes qu’on a dues se coltiner), le palmarès nous a paru décevant.

UN PALMARES EN DEMI-TEINTE

Pourquoi décerner le prix de la mise en scène à Olivier Assayas, avec son très moyen Personnal Shopper ? De même pour Cristian Mungiu avec Baccalauréat, qui est certes un très bon film, mais qui aurait plutôt mérité le prix d’interprétation masculine, n’ayant rien de spécial du point de vue de la mise en scène.

La plus grande déception du palmarès concerne malheureusement la palme d’or. Moi, Daniel Blake est un bon film, qui retrace avec émotion, et une légère pointe d’humour la vie de Daniel, un homme cardiaque, interdit de travailler par son médecin et qui devrait toucher des allocations pour handicapé lui permettant de subvenir à ses besoins malgré son inactivité. Sauf que depuis 2008 en Grande Bretagne, parce que son handicap ne dépasse pas un certain seuil, même interdit de travailler, Daniel doit être en recherche d’un travail, le prouver à des systèmes d’allocation en cours de privatisation, pour espérer percevoir une allocation de chômage et ne pas être sanctionné financièrement. Le film décrit un système absurde dans lequel un homme est écrasé par une administration kafkaienne, et humilié à quémander des offres d’emplois dans la banlieue de Newcastle, à décrocher des entretiens, mais obligé de refuser les offres d’emploi qui lui sont proposées car son cœur ne lui permet pas de travailler.

UN REQUISITOIRE TROP SIMPLISTE

Lors de ses recherches, il tombe sur Rachel, mère célibataire venue de Londres pour trouver un emploi et qui peine à joindre les deux bouts. C’est là que commence le pathos exacerbé du film, et plus précisément au moment où Daniel en vient à aider Rachel, à l’emmener gober des boîtes de raviolis en conserve dans des banques alimentaires. La critique d’une réforme particulière de manière fine et pince sans rire se transforme en réquisitoire grossier et simplet de gentils pauvres qui s’entraident jusqu’à la mort écrasés par un Etat machiavélique.

La première scène nous retransmet en off les questions qui sont posées à Daniel lorsqu’il remplit un questionnaire pour prouver son handicap et toucher les allocations qu’il souhaite. Pour expliquer simplement qu’il a un problème de cœur, on lui demande de répondre à 36 pages de questions pour savoir s’il arrive à lever le bras ou à appuyer sur les touches d’un téléphone. On croit alors renouer avec l’humour de la Part des anges mais le pathos prend de plus en plus de place, jusqu’à étouffer les rires et devenir tragique à l’extrême. La visée politique du film s’en trouve diminuée, on en vient même à se faire l’avocat du diable, à essayer de comprendre les raisons d’une telle réforme, aussi absurde soit-elle.

DECIDEMENT UN MAUVAIS CHOIX DU JURY

Au-delà de la simple impression que m’a laissé le film, donner une deuxième palme d’or à Ken Loach, 79 ans, alors qu’il l’avait reçue pour Le vent se lève, un film du même genre, 10 ans plus tôt, me semble démesuré. Certains diront que c’est pour féliciter l’ensemble de son œuvre. Je pense qu’il aurait pu se contenter d’une palme. J’aurais été reconnaissant envers un jury capable de récompenser certains jeunes réalisateurs (Xavier Dolan, Maren Ade), ou Park-Chan Wook ou encore un jury qui ait les couilles de couronner Nicolas Winding Refn, pour que ces superbes films ne passent pas trop discrètement dans nos salles obscures chéries.

Hervé

 

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