Après avoir été agressée, Michèle, une quinquagénaire divorcée, femme de pouvoir qui assume son autorité malgré une vie personnelle compliquée, va développer une relation ambigüe avec son agresseur.

EVACUER RAPIDEMENT LA TENSION DRAMATIQUE

Le film s’ouvre sur un chat qui observe sans réagir une scène de sexe hors-champ (on n’entend que des cris de femme) puis détourne le regard et s’en va. La caméra se tourne vers cette scène de coït pour que l’on comprenne qu’il s’agit en fait d’un viol. A l’image de son chat, Michèle (Isabelle Huppert) se détache très rapidement de cette scène, elle se relève, répare un peu les dégâts causés pendant l’agression et part travailler comme si de rien n’était.

Tout au long du film, on en apprend beaucoup sur « Elle » et on ne parvient jamais véritablement à comprendre ses réactions et son comportement. Il y a pourtant beaucoup à dire sur cette femme : elle dirige avec autant d’autorité et de fermeté sa maison d’édition de jeux-vidéos que son ex-mari, elle fait son possible pour s’occuper d’un fils bête (voire débile) et d’une mère excentrique qui refuse de vieillir, a pour amant le mari de sa meilleure amie et a pour père un tueur en série. Arrivés au bout de cette description, vous vous dîtes sans doute que l’on obtient un super combo de clichés putassiers qui vont faire d’ELLE un film lourd et vomitif. Pourtant, le film évacue dès sa première scène toute la tension dramatique que la gravité d’un viol pourrait entraîner en assumant complètement ce manque de sérieux.

UN FILM COUTEAU-SUISSE

L’intérêt du film est tout autre (et c’est probablement sur ce point qu’il divise et peut gêner certains). Il réside dans la façon avec laquelle Paul Verhoeven s’amuse à détourner les codes et à jouer avec le spectateur. Ce n’est pas un thriller, ni une comédie mais un mélange hybride de ces deux genres, parsemé d’accents dramatiques ou psychologiques. Le film compte de nombreuses situations burlesques -on rit beaucoup- en étant toujours à la limite de la lourdeur sans jamais la franchir. C’est ce qui permet de faire chuter la tension dès qu’une scène devient trop oppressante ou au contraire de retrouver un ton grave après avoir été trop comique. ELLE est un film qui ne se prend jamais au sérieux, dès qu’il sent qu’il va trop loin dans un style, il va changer de ton pour conserver toute sa liberté et ne pas se laisser enfermer. Il y a par exemple une scène où, après avoir été violée dans sa cave, Michèle remonte dans son salon où l’on découvre son fils dormant affalé dans le canapé parce qu’il a trop bu.

SYNDROME DE STOCKHOLM

Surtout, ce n’est pas le suspense qui fait l’intérêt de ce film, comme c’est le cas pour un thriller, car on devine très vite l’identité de l’agresseur. Au contraire, c’est la relation que va développer Michèle avec son agresseur, à la limite du syndrome de Stockholm, qui constitue le nœud dramatique du récit. Leur relation est passionnelle et malsaine, glauque et amicale. Mais le film n’élucide jamais le mystère de leur relation, au contraire, il s’évertue à brouiller les pistes.

Il ressort finalement d’ELLE que Michèle est une femme forte et insoumise. Il n’y a pas domination totale de l’homme sur la femme. Quand sa meilleure amie lui demande pourquoi elle a couché avec son mari, elle répond simplement « Parce que j’en avais envie, ça m’amusait ». On a aussi une scène de masturbation voyeuriste où l’on voit Michèle surplombant son agresseur, symbole de son insoumission. Isabelle Huppert incarne une femme forte et immorale. Elle ne subit pas son agression (et c’est pour cela notamment qu’elle n’arrive pas à tuer son agresseur).

C’est finalement cet ultime élément qui fait toute la qualité du film. Isabelle Huppert propose une interprétation pleine de subtilité qui mélange les différents traits de personnalité de son personnage.

Le Délateur

 

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