«VOUS N’AVEZ ENCORE RIEN ENTENDU»

C’est ainsi que Al Jolson s’adresse au public en ouverture du Chanteur de Jazz, faisant ainsi de ce Jeudi 6 Octobre 1927 le jour de naissance du film parlant. Des procédés existaient déjà pour synchroniser le son et l’image, mais c’est le succès sensationnel de ce film musical qui va inciter Hollywood à introduire le son au cinéma.

Si l’usage du son va s’imposer à une vitesse étonnante, l’esthétique ne parvient au début pas à suivre la technique. Durant les premières années, rares sont les films qui utilisent de manière ambitieuse les nouvelles possibilités et savent résoudre élégamment les problèmes causés par la caméra sonore encore immobile. Le chef d’œuvre M. le Maudit de Fritz Lang fait partie de ceux là, et mieux encore le film anti- belliciste de Lewis Milestone A l’Ouest Rien de Nouveau qui traduit de manière très pressante par le son la tuerie mécanique sur le front.

Un prosaïsme frappant marque dès lors le style des films. Le langage pictural chargé du film muet ne semble plus adapté, d’autant plus qu’il s’oppose au jeu naturaliste des acteurs qui est alors de rigueur. Les grands noms du cinéma muet comme Keaton et Griffith disparaissent alors, suivis de leurs acteurs vedettes. C’est avant tout par les dialogues que tout un pan du cinéma véhicule désormais ses contenus. Rares sont les réalisateurs qui, à l’instar du jeune Anglais Alfred Hitchcock, continuent de maintenir les traditions picturales du film muet ; qui comme Murnau envisagent toujours le cinéma comme un art visuel.

Une véritable césure liée à l’apparition du film parlant s’effectue alors, doublée de celle liée à la crise économique et politique des années 1930 qui met à la mode des héros et des intrigues plus proches de la population. La synchronisation du son et de l’image enterrine donc une évolution beaucoup plus profonde que celle de l’apparition d’une nouvelle technique dans l’histoire du cinéma. Le paradoxe entre la culture populaire et la haute culture, entre le cinéma de divertissement et l’art cinématographique a généré une dynamique qui a dès lors incité les cinéastes à sonder les possibilités du cinéma sur le plan de la forme et du contenu.

Finalement, c’est cette tension qu’il faut considérer comme un moteur des temps moderne. Ainsi, avec le cinéma, ce n’est pas seulement une nouvelle forme d’art qui s’établit, c’est l’art moderne dans son ensemble qui se développe et se transforme.

CELTI

 

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