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J’avais été enthousiasmé par la pièce jouée par Comédia : portée par une solide distribution et grâce à une adaptation tout aussi remarquable, la représentation à laquelle j’ai assisté a été pour moi un moment de théâtre comme on aimerait en vivre plus souvent. Mais un aspect de la pièce m’a particulièrement poussé à me tourner vers le film de Blier dont elle est l’adaptation : le malaise qui m’envahissait peu à peu comme spectateur, qui devenait de plus en plus pré- sent à mesure que les situations dérangeantes, voire choquantes, s’accumulaient.

Mouchoirs 1

La pièce comme le film commencent sur une querelle dans un restaurant :
Raoul, joué dans le film par Depardieu, affirme haut et fort que sa femme s’emmerde, qu’elle est malheureuse. Alors qu’elle nie mollement, il s’emporte et lui annonce qu’il va chercher pour elle un autre homme, pour qu’elle change un peu d’air, parce qu’il l’aime et qu’il ne veut pas qu’elle dépérisse. Cet autre homme est choisi au hasard dans le restaurant. Ce sera Stéphane, joué par Patrick Dewaere, déjà complice de Depardieu dans Les Valseuses. S’ensuit alors un enchaînement de rebondissements pour ce trouple qui cherche à tout prix à sortir Solange de la déprime, et auquel s’ajoute un quatrième homme, ou plutôt un enfant, le jeune Christian.
Mais c’est là que ça devient vraiment singulier, et que le rire devant des scènes de théâtre de boulevard se transforme en profond malaise : Christian, gamin surdoué de 13 ans, ne prend pas la place du fils dans ce ménage à trois, mais remplace les deux hommes (et pas n’importe lesquels, Depardieu et Dewaere qui ne sont pas à proprement parler des mauviettes). On a donc une idylle naissante (et consommée) entre une femme d’une trentaine d’années et un garçon de 13 ans. Même Tadzio, l’éphèbe tentateur de La Mort à Venise, passe pour un tardif à côté du précoce Christian.

Tu pourrais tout me montrer gentiment, comme une amie ?

Comment sont filmées ces scènes d’un amour franchement illégal ? C’est cet aspect en particulier qui rend ce film unique, définitivement isolé dans la production cinématographique. Il est en effet complètement inimaginable que ces scènes soient tournées dans les mêmes conditions aujourd’hui, de même que le film n’aurait jamais trouvé de producteur. Le garçonnet est placidement employé comme n’importe quel autre acteur lors de la séduction, puis pour le passage à l’acte, Blier enchaîne par une autre provocation en le faisant raconter la scène devant une assemblée d’enfants avides de détails cochons… (- elle poussait des tout petits gémissements… elle avait l’air heureuse… – c’est comment à l’intérieur ? Y a des poils ?)

Et vous étiez à poils ? Tous les deux ?

Autre époque… Le film est sorti en 1978. Souvenez-vous, en 1975, Daniel Cohn-Bendit publie son livre Le Grand Bazar, dans lequel certains passages « théorisent l’éveil à la sexualité d’enfant de 1 à 6 ans » (Wikipédia). Le 23 avril 1982, il tient sur l’émission Apostrophes des propos tout ce qu’il y a de plus explicites, que je vous laisse aller consulter sur Wikipédia, rien que de les lire me donne la nausée. Si elles ont bien fait des vagues à l’époque, ce n’est qu’en 2001 qu’une polémique éclatera à propos de ces prises de position.
Le film ne va pas aussi loin que Danny le Rouge, qui reconnaît lui-même que ses écrits sont aujourd’hui insoutenables : il est bien regardable, et à côté du flirt avec le tabou, on retrouve aussi des scènes extrêmement lyriques et émouvantes (une scène d’anthologie des deux compères à propos du concerto pour Clarinette de Mozart), des scènes hilarantes et des scènes très caustiques.
Blier, dans ce film et au moins dans son pendant, Les Valseuses, pousse à fond la satire, déconstruit les conventions, transgresse sans compter. Par provocation, pour choquer le bourgeois giscardien ? Peut-être. Mais le film, qui rappelle par bien des aspects Le Charme Discret de La Bourgeoisie de Buñuel, n’a pas pris une ride, le destin de ses deux acteurs principaux lui donne un cachet supplémentaire, de même que la puissance renforcée de l’interdit qu’il transverse… Mettez à l’épreuve le bourgeois qui sommeille en vous, organisez une bonne soirée malaise avec votre famille ou vos amis, courez voir Préparez vos Mouchoirs !

– Mozart… J’aurais bien aimé le connaître… – Putain et moi !

GUACAMOLE

 

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