Ô toi, doux admirateur de Transformers, Fast & Furious et autres chefs d’oeuvre, cet article t’est destiné. Tu ne me connais peut-être pas mais moi je te connais, je t’observe secrètement depuis des années. Oui c’est toi qui me traite de réactionnaire quand je critique d’horribles blockbusters et leur flopée de gastéropodes, toi qui a développé une grave allergie au muet et noir et blanc, toi qui considère qu’un film des années 1990 est un vieux film alors que dire d’un film qui aurait l’âge de tes grands parents (« ca existait déjà le cinéma à cette époque ?! »). Il est grand temps de parfaire ton éducation et de renouer le lien avec les fondements du cinéma.

Pour cela quoi de mieux que reprendre depuis le début : la naissance du cinéma. À mon humble avis (qui n’est pas si humble en fait), il faut dissocier la naissance de la technique et la naissance de l’art. Pour ce qui est de la technique tu le sais sûrement (et oui même toi), on s’accorde à la faire remonter aux Frères Lumières et à leur kinétographe utilisé à partir de 1895, même si cela peut être contesté et l’a été par Edison. Mais tu n’es pas sans savoir que le cinéma est plus qu’une technique, c’est un art; et c’est cela qui m’intéresse ici. Et l’histoire du 7e art commence véritablement avec un homme : George Méliès.

Tu ne le connais probablement pas comme tu ne connais probablement pas Howard Hawks, Frank Capra ou F.W. Murnau mais cela n’enlève rien à leur génie, à vrai dire tu les honores même à les ignorer. En fait si, tu le connais peut-être si tu as vu cet l’ignoble Hugo Cabret (Scorsese y testait-il mon amour infini, celui de ses fans inconditionnels ?). Pourtant Méliès et son histoire gagnent à être connus.

Bon tout ce qui est jeunesse, service militaire… ne nous intéresse que peu ici mais si tu y tiens vraiment clique ici. Beaucoup plus intéressante est sa profession : George Méliès est magicien. Il opère d’abord comme responsable des décors pour un autre magicien avant de se lancer à son propre compte. Il devient alors une référence en la matière et ouvre son propre théâtre et son académie de prestidigitateur (nom stylé pour dire magicien, comme péripatéticienne pour pute). En quête de nouveautés pour ses spectacles, il va trouver en trouver une en 1895 qui va changer sa vie : le cinéma.

En effet, les Frères Lumières ne voyaient en leur brillante invention qu’une simple curiosité scientifique et ne lui prédisait aucun avenir, si ce n’est un outil pour forains. Car oui à l’époque le cinéma se résumait à des projections de trains dans des fêtes foraines pour effrayer les spectateurs qui s’écartaient devant le monstre de ferraille semblant leur foncer dessus… On peut reconnaître que c’était assez limité ! Mais Méliès voit tout le potentiel de cette invention.

Il décide alors de ne plus se contenter de filmer des scènes de la vie courante mais de courtes fictions : le cinéma est né (vive le cinéma) ! Cette technique est alors à ses balbutiements et il n’existe aucun professionnel en la matière. Dans son atelier de cinéma, le premier du genre, il devient alors le premier producteur, premier scénariste, premier réalisateur, premier acteur… Il utilise son passé de magicien pour créer des effets de style (surimpressions, fondus etc.) et des semblants d’effets spéciaux. Il modèle un art dont les règles s’élaborent à mesure que les films se tournent.

George Méliès tourne entre 1896 et 1914 près de 600 films d’une durée de quelques minutes chacun ; avant de s’effondrer devant l’opposition de sociétés de productions en quête de bénéfices (notamment Pathé ou l’Edison Manufacturing Company) et de retourner à l’anonymat. Et oui à l’époque déjà les blockbusters écrasaient le Grand Cinéma. Méliès meurt en 1925 seul et criblé de dettes.

L’essentiel de ses œuvres ont été perdues, Méliès ayant par ailleurs brulé la majorité de celles-ci par amertume. Mais les copies pirates effectuées nous ont permis d’avoir accès à son œuvre majeure : Le Voyage sur la Lune (1902). Ce film fut une véritable révolution, non seulement par sa longueur (14mn), mais avant tout pour avoir créé un nouveau genre : la science-fiction. Il offre en effet maints éléments caractéristiques du genre (vaisseau spatial, découverte d’une nouvelle frontière) et établit la plupart de ses conventions.

Voilà, j’espère avoir pu enrichir ta culture cinématographique proche du néant. Mais rassure toi, ô fan d’horribles blockbusters, ce n’est que le début et bientôt tes goûts se seront affinés.

Cinématographiquement vôtre,

Celti

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