Il fit chaud en 69 aux États-Unis : tandis que Nixon arrivait au pouvoir, les homosexuels de Greenwich Village luttaient pour leurs droits et les manifestations contre la guerre du Vietnam se multipliaient ; Woodstock enflammait les foules et Kerouac, lui, s’éteignait doucement. Le climat de révolte déjà sensible en Europe avait atteint les côtes américaines, et avec lui, Michelangelo Antonioni. Inspiré par la Nouvelle vague, le réalisateur italien retrouvait pour Zabriskie Point le producteur Carlo Conti (La Strada, Le Mépris, Docteur Jivago) et choisissait pour les rôles principaux deux acteurs non professionnels, Mark Frechette et Daria Halprin. Mark et Daria lancés à pleine blinde sous le soleil.

Il fait chaud en 69 à Los Angeles. Mark, jeune étudiant, prend part aux assemblées générales et à la grève étudiantes. Témoin de l’exécution d’un étudiant noir par la police, il s’apprête à riposter lorsqu’on tire à sa place. Craignant d’être accusé pour un meurtre qu’il n’a pas commis, le jeune homme s’enfuit en volant un petit avion : occasion rêvée de fuir la société de consommation omniprésente et de délaisser la ville et ses gigantesques panneaux publicitaires pour le désert californien. Il y rencontre Daria, jeune secrétaire d’un promoteur immobilier, qui se rend à Phoenix.

Zabriskie point n’est pourtant ni un film d’amour, ni un film véritablement politique ; l’histoire, même, est quasi-nulle. On peut volontiers se méfier du regard critique d’Antonioni sur des flics analphabètes et une révolte estudiantine idéaliste et dissonante. Le tableau est caricatural : une Amérique bouffée par le capitalisme, prête à abandonner ses déserts aux promoteurs immobiliers et au tourisme de masse. Il serait presque facile d’y voir l’hypocrisie d’un anti-matérialisme bourgeois appelant à la révolte, si ce n’était ces fantasmes…

Bon dieu de fantasmes, portés par le génie d’une bande son signée Pink Floyd. Faute d’un message politique fort, du succès de la révolte étudiante, il reste la joie de dévaler les collines de la Death Valley et de s’en foutre, l’excitation sans malice de s’enlacer au son d’une guitare lumineuse, comme Daria et Mark, puis des dizaines de couples, dans les collines de gypse baignées par le soleil. Faites l’amour dans le sable, la ville est déjà loin. Que dire encore de cette jouissance à regarder la société de consommation voler en éclats dans une explosion énervée à la photographie merveilleuse ?

Finalement, la Californie d’Antonioni est à l’image de Mark Frechette, qui mourut en prison 6 ans plus tard après avoir braqué une banque : vouée au gaspillage d’une énergie naïve et belle. Il ne vous restera de toute façon pas grand-chose de cette escapade momentanée ; mais à défaut d’avoir tout plaqué, de vous être vraiment révoltés, vous vous rappellerez 69 et son été, vous ferez l’amour sous le soleil et vous oublierez la société de consommation. Car c’est ainsi qu’Antonioni aurait aimé conclure son film : par un fuck résolu à l’Amérique consumériste.

Victor

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