En bonne cinéphile que je suis, je n’avais jamais vu Titanic, et sa ressortie en 3D sur les écrans fut l’occasion de le découvrir. Difficile d’appréhender ce film de manière neutre, tant il a été dépassé par le phénomène médiatique qui l’a entouré en 1997 : 11 oscars, un record de budget et de recettes au box office (dépassé aujourd’hui par Avatar), un réalisateur un peu prétentieux (« I’m the king of the world »), la BO de Céline Dion tellement rabâchée qu’on aurait souhaité qu’elle ait une extinction de voix lors de l’enregistrement (…). Méprisé par une partie des cinéphiles qui n’y voient qu’un scénario simpliste et une histoire d’amour niaise doublés d’une débauche d’effets spéciaux, considéré comme un classique par d’autres, le film continue de diviser. Je n’y allais pas forcément en m’attendant à un bon film (je n’aime ni Avatar, ni la personnalité de James Cameron), d’autant plus que la ressortie en 3D du film sent l’appât du gain à 10 kilomètres à la ronde.

Le film n’est pas parfait, loin de là. Avatar a montré à quel point Cameron peut être mauvais scénariste, et la faiblesse de Titanic réside justement dans son scénario, particulièrement au début. La jeune aristocrate bien rangée, promise à un riche industriel arrogant, qui va s’émanciper au contact d’un jeune homme spontané mais sans le sou, ça a été fait et refait au cinéma (Out of Africa…). D’autant que le personnage du méchant n’a aucune nuance, il est vil et prétentieux jusqu’à sa dernière apparition ; en cela le film reste assez manichéen. Les allusions à l’emprisonnement de Rose par son milieu social (les remarques des vieilles bourgeoises, aux tables voisines, etc…) sont assez lourdes, la tentative de suicide de Rose au début du film, qui provoque sa rencontre avec Jack, manque de naturel et les dialogues de la scène sont assez téléphonés (on n’y croit pas vraiment).

Ensuite, le film repose sur un pari très beau, qui serait de reconstruire le monde sur les épaules d’une jeune fille de dix-sept ans. Le Titanic, en sombrant en 1912, à la veille de la première guerre mondiale, n’emporte pas seulement les passagers avec lui, mais aussi la vision d’un monde séparé en classes sociales (le Titanic est lui même une microsociété), où les femmes n’ont pas leur mot à dire, et où les hommes croient avec une arrogance démesurée en la brillance du progrès technique industriel. Ce n’est pas un hasard si le choc de l’iceberg coïncide avec le baiser de Jack et Rose, soit la transgression de cette dernière vis-à-vis de sa propre classe sociale. Cet acte scelle son propre destin mais aussi celui de tout le bateau. En choisissant Jack, elle affirme sa propre volonté et remet en question l’organisation du navire en classes. Le Titanic a emporté avec lui les certitudes du monde de la Belle-Époque, et à son naufrage, il ne reste plus que Rose pour tenter de reconstruire un monde sur de nouvelles fondations. A ce titre la scène ou le bateau est à la verticale, et ou elle se situe au sommet, seule rescapée, tandis que les corps tombent autour d’elle, est une belle métaphore du film. Les photos sur sa table de chevet à la fin du film montrent qu’elle a réussi son pari : elle s’est mariée, a voyagé…

Parlons de la 3D, puisque c’est bien le motif de ressortie en salle. James Cameron aurait pu, pendant la dernière heure du film, s’amuser à nous projeter des corps, des morceaux du bateau à la figure, bref, à utiliser la 3D comme un gadget amusant, mais qui nous aurait sortis du film. Au contraire, la 3D est très belle, et n’est utilisée que pour ajouter de la profondeur au film : une des scènes magnifiées par la 3D est celle où Jack s’enfonce dans l’eau. Le naufrage final est une splendeur visuelle, on se croirait à bord du Titanic : la dernière heure du film nous prend aux tripes, comme peu de blockbusters sont capables de le faire.

Alors les cyniques peuvent bien crier à l’arnaque, et les cinéphiles avertis jouer aux petits malins qui ne sont pas dupes, il y en a finalement très peu, des films qui ont réussi à ce point à allier une telle force romanesque, une telle puissance d’identification à un tel déploiement de moyens. Si vous ne l’avez jamais vu, allez le voir en salle ; et même si vous l’avez déjà vu, ne vous privez pas de voir ce film sans doute pour la dernière fois sur grand écran.

Oriwan Kenobi

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