Film français atypique, Tirez la langue, mademoiselle raconte l’histoire de deux frères, Boris et Dimitri Pizarnik, médecins aux Olympiades dans le quartier chinois à Paris. Inséparables quoique très différents, ils vont voir leur quotidien bouleversé lorsqu’ils rencontrent Judith la mère d’une petite fille diabétique.

Si le film n’évite pas quelques écueils de scénario, quelques raccourcis faciles et des performances d’acteurs secondaires indigentes, il reste très vrai et très touchant. Très vrai lorsqu’il décrit le quotidien de ces deux médecins qui partagent leur vie et leur cabinet, qui vont rendre visite à leurs malades mais qui ont tout de même une existence propre en dehors du serment d’Hippocrate. La réalisatrice est elle-même issue d’une famille de médecins, ceci explique certainement cela. Très touchant lorsqu’il décrit, peut-être mieux encore, le lien qui unit ces deux frères : Boris, un peu renfermé, un peu fruste, solide et entier, et Dimitri plus discret et plus émotif, moins équilibré, mais tout aussi rêveur. M’est avis que tous les deux sont brillamment interprétés. Vient ensuite Judith : une jolie femme, barmaid la nuit, lessivée par la vie, un peu bohème et si vulnérable, qu’ils vont l’un comme l’autre convoiter. Pas sûr, cependant, qu’elle cherche un chevalier en armure…

La mise en scène est parfois un peu lourde, et la musique devient vite omniprésente, ce qui est dommage, mais le film est frais et parvient à garder le rythme, sauf à la fin où tout se résout trop facilement. On peut aussi reprocher à Louise Bourgoin, qui joue Judith, d’être un peu trop éthérée et pas assez maternelle ; on se demande aussi comment ça se fait qu’une femme si extraordinaire n’ait pas d’autre contact humain que sa fille et deux médecins quadragénaires. Cela dit, elle reste crédible en femme fascinante et craintive, pétillante et sujette aux sautes d’humeur.

Le personnage dont je n’ai pas encore parlé, c’est le 13ème arrondissement de Paris : je suis partiale, certes, mais il n’empêche que ce quartier est époustouflant dans le film, les tours des Olympiades sont utilisées de manière très intelligente, et puis on est ici loin des clichés parisiens avec la tour Eiffel ou le Moulin Rouge dans le fond pour faire bonne mesure. Par la même occasion, on est très loin des clichés sur le quartier chinois, et s’il est vrai qu’on y boit du bubble tea et qu’on peut y déguster une soupe aux vermicelles à toute heure du jour ou de la nuit, c’est indubitablement plus que cela.

Globalement, le film est assez étrange, avec ses décors invraisemblables et ses personnages principaux à la fois très simples et très complexes. Le scénario est plutôt classique mais il a ses hauts et ses bas, la musique est parfois lourde et le style de mise en scène un peu vieillot (rigolez si ça vous chante, mais certains passages m’ont vaguement rappelé La Boum). Pour compenser, le film recèle une certaine pudeur dans le jeu des deux frères, dans ce que montre la réalisatrice ou de ce que font transparaître les divers personnages qui est vraiment bienvenue. La réalisatrice parle de thèmes rebattus : c’est quoi être heureux? c’est quoi être amoureux ? c’est quoi vivre ? et ça peut sembler naïf, voire guimauve. Cependant rien n’est jamais acquis à l’homme, ou à la femme, et la chute de l’histoire peut se lire comme un happy end tiré par le scalp ou comme une illustration de ce voeu pieux qu’on a tous en commun : espérer le meilleur pour les autres, mais de loin.

Cannibal Rabbit

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