Avertissement : il ne s’agit pas d’un film à la gloire du défenseur central chauve de l’Olympique Lyonnais.

Selon Jean-Luc Godard, « Le peuple juif rejoint la fiction tandis que le peuple palestinien rejoint le documentaire« . Dans cette déclaration controversée le réalisateur emblématique de la Nouvelle Vague voulait souligner que la fiction était le privilège des sociétés ayant le luxe de s’adonner à l’activité oisive de la création alors que les peuples opprimés devaient se contenter des faits violents et bruts. Nous ne savons pas si Nadav Lapid adhère à cette thèse, toujours est-il que Le Policier participe du renouveau de la fiction Israélienne à l’œuvre depuis quelques temps. Du conflit israélo-palestinien il est d’ailleurs peu question, le film s’attachant à montrer le malaise d’une société israélienne confrontée aux mêmes maux que les autres sociétés occidentales développées, au premier rang desquels la désillusion d’un partie de la jeunesse face à une société en proie à des inégalités socio-économiques croissantes et à laquelle elle ne trouve plus de sens. La non-référence explicite au conflit est un parti pris du réalisateur qui a le grand mérite de peindre un visage méconnu de l’Etat Hébreu que l’on ne perçoit généralement de l’extérieur qu’à travers le prisme des tensions au Proche-Orient.

Le film est organisé en un diptyque qui reflète la thèse de l’auteur sur le clivage de la société israélienne. La première partie suit le quotidien d’une unité d’intervention d’élite de la police israélienne. Au programme : entraînements intensifs, jeux virils lors d’après-midi BBQ forts en testostérone, sessions de dragues au frontal, élimination d’ennemis de la patrie et tabassage d’individus intempestifs. Dans cette ambiance très masculine (la dimension homo de cette « bromance » de frères d’armes est d’ailleurs plus qu’évoquée), les éléments défaillants sont mis au rebut : un des membres du commando, atteint d’une tumeur diminuant sévèrement sa condition physique, est progressivement relégué à un humiliant poste de figurant. Cette loi du plus fort est acceptée et même encouragée par les femmes de ces messieurs, personnes aux lignes parfaites ayant entériné leur statut de mère-pondeuse et n’hésitant pas à encourager leurs maris à se débarrasser du maillon faible.

Un fondu au blanc fait habilement basculer le spectateur vers un autre versant de la société israélienne : un groupe de jeunes militants d’extrême-gauche préparant un coup d’éclat destiné à faire connaître à leurs concitoyens le contenu de leur profession de foi révolutionnaire. Ce groupe est a priori radicalement opposé à celui sujet de la première partie du diptyque. Ils sont cependant proches dans leur fascination pour les armes et les solutions martiales. Les deux groupes sont inévitablement amenés à se croiser lors d’un final qui ne peut être que tragique.

Le film fait voler en éclat la cohésion fantasmée de la société israélienne autour de son identité menacée. Le film pose de ce fait de nombreuses questions et a peut-être le défaut de laisser quelques-unes d’entre elles sans réponses : quid de l’homosexualité latente des policiers et de leur rapport au corps (troublante dimension de la femme enceinte), ou de l’engagement des jeunes révolutionnaires dont l’auteur semble suggérer que les motivations dernières en sont des considérations d’ordre affectifs davantage que de réelles convictions idéologiques. Toujours est-il que Le Policier est un film extraordinairement fort (on pourrait sans trop forcer le qualifier de film-coup-de-poing), bien porté par une structure formelle intelligente et des acteurs remarquables (on souhaite revoir bientôt à l’écran la jeune Yaara Pelzig, dont les traits incarnent à merveille la passion révolutionnaire) ainsi que par une mise-en-scène réaliste très efficace.

L.

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