Après Répulsion à ses débuts, et plus récemment Carnage, Roman Polanski persiste dans la veine du huis clos. Adapté de la pièce de David Ives, elle-même inspirée de l’oeuvre de Leopold Sacher-Masoch (qui a donné son nom au masochisme), le film révèle un duo d’acteurs à son meilleur, Emmanuelle Seigner et Mathieu Amalric, et permet à son réalisateur de revenir à Cannes après sa présidence de 1991 et sa Palme d’or en 2002 pour Le Pianiste.

Un long travelling avant extérieur nous mène jusqu’à la porte d’un théâtre parisien, où l’on entre avec la caméra. Thomas (Mathieu Amalric), metteur en scène et adaptateur de talent, s’apprête à rentrer chez lui après une journée passée à auditionner des comédiennes toutes plus nulles les unes que les autres pour interpréter le rôle principal de sa prochaine pièce. C’est alors que Vanda surgit, comédienne ratée qui compte plus d’auditions que de pièces à son actif. Elle incarne tout ce que Thomas déteste : vulgaire, inculte, écervelée… et têtue. Vanda est venue de loin pour passer cette audition et elle ne compte pas repartir bredouille. Forçant la main à Thomas, elle monte sur scène pour jouer un extrait de la pièce, con-vaincue que ce personnage — qui lui aussi se prénomme Vanda – est fait pour elle.

Stupéfaction. La magie opère : Vanda est la Vénus à la fourrure, Vanda est Vanda. Comment la triviale idiote du premier plan s’est-elle transformée en cette irrésistible et subtile créature? Envoûtante, sublime, Vanda conquiert Thomas qui ne peut s’empêcher de lui donner la réplique encore et encore.

Ce qui se joue alors est à la fois drôle et inquiétant. Le texte devient dialogue et le dialogue devient texte. Un glissement s’opère entre acteurs et personnages, entre personnages et acteurs, au point que l’on ne sait plus distinguer dialogues réels et répliques de théâtre, réalité et fiction. Qui sortira vainqueur de ce jeu de domination ? Les deux acteurs, excellents, donnent une intensité remarquable à ce huis clos étouffant. Avec une apparente légèreté, Roman Polanski évoque à la fois l’amour, la passion, les rapports de domination et le processus de création. Un petit bijou à savourer.

Ana Conda

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