Synopsis : Depuis que sa femme a été victime de brûlures dans un accident de voiture, le docteur Robert Ledgard, éminent chirurgien esthétique, se consacre à la création d’une nouvelle peau, grâce à laquelle il aurait pu sauver son épouse. Sensible aux caresses, cette peau constitue néanmoins une véritable cuirasse contre toute agression. Outre les années de recherche et d’expérimentation, il faut aussi à Robert une femme cobaye, un complice et une absence totale de scrupules…

Après Los Abrazos rotos, qui avait déconcerté plus d’un fan du réalisateur espagnol de par sa facture « classique », Almodovar en revient aux intrigues foisonnantes et déjantées qui avaient fait son succès par le passé. Adaptant très librement le livre Mygale du français Thierry Jonquet, Almodovar livre ici un de ses films les plus aboutis.

La Piel que habito se présente comme un triptyque : Présent-Passé-Présent. Ce découpage d’une apparente simplicité donne toute sa force au film.

Au présent, le docteur Robert Ledgard – incarné avec une grande sobriété par Antonio Banderas – donne une conférence sur la création d’une nouvelle peau, insensible aux agressions extérieures. Si un collègue ne manque pas de lui rappeler que toute expérimentation sur les humains est interdite, on apprendra bien vite que le Dr Ledgard n’a pas ce genre de scrupules. Il appartient au savant fou de modeler entièrement Vera, une jeune femme jalousement gardée, dont la beauté n’a d’égale que son infinie souplesse.

Le duo savant-créature est un classique de la littérature et du cinéma. On pense d’abord à Frankenstein ou encore à Hadaly dans L’Eve Future. Almodovar nous ôte pourtant très vite ce sentiment de déjà-vu en choisissant de briser la chronologie des évènements. Le retour au passé révèle toute la complexité du personnage joué par Banderas. Surtout, il laisse le spectateur comprendre par lui-même qui est véritablement Vera. Almodovar évite ainsi l’écueil de la démonstration. L’horreur se révèle à nous lentement et par petites touches.

La Piel que habito est avant tout un objet esthétique où chaque image est pensée comme un tableau. Tel un funambule Almodovar se tient, deux heures durant, sur le fil ténu qui sépare l’invraisemblable du ridicule. Orchestré de façon magistrale, construit comme une succession de situations défiant toute logique, mais pourtant tenues ensemble par un scénario d’une grande efficacité, le dernier film de Pedro Almodovar tient en haleine du début à la fin.

S’il suffit de quelques secondes pour identifier La Piel que habito à son réalisateur, il n’en faut pas beaucoup plus pour prendre conscience de la capacité qu’a Almodovar à se renouveler encore une fois. On ne peut donc que regretter l’absence de ce film au palmarès cannois.

Ana Conda

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