J’ai eu la chance de voir ce film à Berlin, à l’occasion du 62ème festival international du Film, dans l’un des plus beaux cinémas de la ville, avec toute l’équipe du film dont Salma Hayek. A partir de là, il ne restait plus que le film soit bon… et il l’était. Alex de la Iglesia a choisi l’humour pour dénoncer la société dans laquelle on vit, une société qui recherche le buzz, l’insolite, l’extraordinaire à tous les coins de rue et qui est prête à payer des millions pour voir le malheur des autres retransmis à la télévision.

Ce film raconte l’histoire de Roberto, mariée à Luisa, ancien publicitaire à succès, aujourd’hui au chômage. Ne supportant plus sa situation, il se rend dans l’hôtel de sa lune de miel après un entretien d’embauche raté, pour se remémorer quelques bons souvenirs. Seulement, l’hôtel n’existe plus ; c’est devenu un musée antique sur le point d’être inauguré le soir même. Il se balade alors sur le site et par un concours malheureux de circonstances, il chute et se retrouve avec une barre de fer coincée dans la tête. En quelques minutes, Roberto devient l’attraction principale des médias ; tout le pays est au courant de son terrible sort. Il réalise alors qu’il peut tirer profit d’un tel accident pour se refaire une santé financière, notamment en monnayant une interview exclusive avec une des chaînes de télévision nationales. L’arrivée de sa femme et de ses enfants sur le site n’arriveront pas à le faire changer d’avis. Il devient obsédé par cette interview et par l’argent qu’il peut amasser alors qu’il peut mourir.

La force du réalisateur réside dans le fait de ne pas diaboliser Roberto, surtout dans sa volonté de gagner de l’argent grâce à ses malheurs. Il est tellement angoissé par la situation financière de sa famille qu’il est prêt à vendre son âme et sa dignité. La crise est bien au cœur de ce film drôle et touchant. Il montre comment la situation économique actuelle force les plus démunis à vendre leur âme, à s’exposer. En revanche, les médias ne sont pas épargnés. Ils sont dépeints comme insensibles, égoïstes et surtout, avides. Dans ce film, on assiste à un véritable combat entre les journalistes pour trouver des informations, réaliser les meilleurs clichés ou vidéos. Surtout, ils cherchent à rendre l’évènement le plus dramatique possible.

Le réalisateur parvient à installer un climat de malaise autour de cette affaire et finalement, simple spectateur, on en vient à se demander si nous ne sommes pas comme tous ces journalistes. Nous aussi, nous avons envie de savoir ce qu’il va arriver. Cette curiosité malsaine nous habite malheureusement aussi, même si ce comportement nous dégoûte. Le film décrit le paradoxe de notre société gavée d’informations : nous voulons tout savoir et nous y mettons le prix mais nous ne réalisons pas la portée de cette curiosité malsaine. Nous sommes comme manipulés par les médias car ne pas s’intéresser à un fait divers comme celui-ci fait de nous une personne insensible et s’y intéresser fait de nous une personne voyeuriste.

Ce film m’a mis une grande claque : avons-nous vraiment renoncé à la dignité humaine ? Le tourbillon médiatique décrit est tellement fort, puissant, qu’on se demande presque si, à la place de Roberto, on n’aurait pas fait la même chose. Ainsi, je m’interroge : où est passée notre conscience ? Ce cirque médiatique, d’une terrible absurdité, est-il le reflet véritable de notre société, devenue aliénée ?

Leelou

etoiles-2etoiles-2etoiles-2etoiles-2etoiles-2

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s