En entrant dans la salle du Friedrichstadt-palast de Berlin, tout ce que je savais de ce film, qui s’est avéré être mon coup de cœur de cette Berlinale, c’était ce qu’un des membres de Ciné Qua Non m’en avait dit (sans l’avoir vu), à savoir, c’est « Léa Seydoux qui fait du ski » : ne l’écoutez pas, et courez le voir dès qu’il sortira en salles !

L’enfant d’en haut, c’est Simon, un garçon de douze ans qui vit avec sa sœur Louise dans une banlieue HLM suisse non loin des stations de ski, remplies, à l’occasion des vacances scolaires, de familles bourgeoises et argentées.

Sauf que Louise ne s’occupe pas vraiment de son petit frère, trop occupée qu’elle est à se faire virer de son travail, ou à disparaître plusieurs jours d’affilée pour s’enfuir avec l’une de ses conquêtes d’un soir. Alors Simon, délaissé, occupe ses journées comme il peut : il vole le matériel de ski des vacanciers pour le revendre au black à ses jeunes amis du HLM, qui, eux, n’ont pas les moyens de se payer du matériel si coûteux. Une sorte de jeune Robin des bois moderne en somme. L’argent qu’il récupère, il le donne à sa sœur, dans l’espoir un peu vain d’acheter son affection, et surtout, pour qu’il puisse toujours lui être indispensable, qu’elle ait en permanence besoin de lui.

Difficile de parler du film sans en dévoiler le tournant qui se produit à mi-parcours, et qui apporte une nouvelle dimension au film, qui se fait alors de plus en plus malsain, et tragique ; mais je préfère ne rien vous révéler. En fait, le film joue principalement sur deux tableaux : le film social et le drame familial ; deux axes qui sont reflétés par les deux titres du film : le titre français L’enfant d’en haut et le titre anglais Sister.

La dimension sociale du film est évidente : la réalisatrice dresse le parallèle entre la Suisse « d’en haut » : cette Suisse des stations de ski hors-de-prix, aux touristes anglais et français, où tout est cher mais où l’argent n’a d’importance pour personne, et cette Suisse « d’en bas », celle que les clichés ne véhiculent pas, la Suisse des HLM à moins de trente minutes des pistes, où la population locale ne vit que grâce à cette Suisse d’en haut, au rythme des vacances scolaires et du flot de touristes qu’elle accueille (à l’image de Louise qui est femme de ménage dans les chalets de location, et Simon, qui s’enrichit en organisant un trafic entre les deux Suisse).

L’autre dimension du film, c’est la relation entre Simon et sa sœur, qui est traitée principalement dans la deuxième partie du film. Il faut, pour cela, louer le jeu des deux acteurs principaux qui portent entièrement le film, que ce soit Kacey Mottet Klein (qui aurait mérité le prix d’interprétation masculine au palmarès) en garçon fragile, un peu brusque, solitaire, perdu, possessif , et attachant ; ou Léa Seydoux, dans le rôle de cette sœur qui aime son frère, mais à distance, sans vraiment se soucier de son sort, et en refusant d’endosser la moindre responsabilité à son égard. Leur relation, qui au fur et à mesure du film, devient de plus en plus malsaine, plonge la dernière partie du film dans une noirceur et une tristesse inattendues.

Au final, si ce film est si réussi, c’est parce qu’il ne s’embourbe pas, comme tant de films qui se veulent « sociaux », dans des thèses purement théoriques : c’est toujours l’incarnation des personnages et la tension de leurs relations qui priment à l’écran.

Oriwan Kenobi

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