Voilà que je réécris le début de cette critique pour la quatrième fois, car je n’arrive pas à trouver les termes justes pour parler de Gloria sans te donner l’impression, à toi lecteur, que ce film est chiant.

Pourquoi pourrait-il te paraître chiant ? Parce qu’il est question d’une quinquagénaire (déjà je sens que je te perds) et de son quotidien morne et triste puisqu’elle est très solitaire en dépit de tous les efforts qu’elle fait pour sortir de cette routine (non, ne tourne pas la page, finit de me lire parce que ce film est vraiment ultra stylé). Ce qui est fabuleux dans ce film, c’est qu’il nous fait découvrir la vieillesse sous un autre angle. C’est qu’en effet, Gloria n’est pas du tout cette retraitée telle que l’on pourrait l’imaginer : divorcée, deux enfants qui n’en ont strictement rien à faire d’elle, elle choisit de sortir dans les boîtes réservées pour le troisième âge, de boire jusqu’à oublier, de danser toute la nuit et de rentrer chez elle avec de parfaits inconnus.

En somme, elle n’a rien de la grand-mère madone qui fait des cookies le dimanche pour ses petits-enfants – non pas qu’elle ne veut pas, mais ses enfants la délaissent totalement malgré tous ses efforts si bien qu’elle ne voit que très rarement ses petits-enfants. Du coup, elle trouve un autre moyen d’occuper son temps libre : à défaut d’avoir une famille, elle sort et fait la fête. La barrière de l’âge n’en est pas une pour elle : Gloria a 50 ans et se comporte comme si elle en avait 20. Et ce qui est extrêmement déroutant, c’est que le réalisateur Sebastian Lelio donne à voir notre quotidien de jeunes à nous !

On se reconnaît dans sa façon d’agir, de danser, de glousser après avoir trop bu, de trouver l’ivresse, de chercher le regard d’une potentielle cible pour la soirée, etc.

Mais pas au premier abord, car ce qui est premier, c’est qu’elle est en total décalage avec « son temps », c’est la peine ressentie pour ce personnage qui a 20 ans dans sa tête mais le corps d’une femme de 50 ans, c’est le dégoût éprouvé après les scènes de nu et de sexe crues qui montrent des corps fripés, ridés, abîmés par l’âge ainsi que des ventres ballotants et pansus (à cet égard, big-up pour la scène où Gloria défait le scratch de la ceinture élastique de Rodolpho qui lui permet de dissimuler son bedon proéminent, je ne savais même pas que ça existait), si bien qu’on en vient à trouver l’acte sexuel repoussant. In fine, on a presque envie de lui dire de rentrer chez elle et de se faire une bonne tisane à la camomille avant d’aller se coucher. Mais on finit par s’attacher à Gloria et on comprend progressivement son désir de « retourner en arrière dans le temps », de vivre une nouvelle jeunesse, de refuser les conventions de l’âge.

Bref, un film qui fait réfléchir sur le vieillissement et le troisième âge (et encore, Gloria n’est pas si « vieille » et très bien conservée physiquement) comme je n’en ai jamais vu jusqu’à présent. Mention spéciale pour Paulina Garcia qui n’a pas démérité son Ours d’argent de la meilleure actrice à la Berlinale !

Cachalot

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