Gimme the loot – Adam Leon (2013)

Malcom et Sofia, deux ados du Bronx, sont deux graffeurs. Quand un gang rival saccage leur dernier chef-d’oeuvre, ils doivent élaborer un plan de revanche en taguant un dessin ico-nique de New-York. Pour ce faire, ils ont besoin de 500 dollars afin que leur plan aboutisse. En deux jours, pendant un été écrasant, Malcom et Sofia vont partir dans des aventures épiques, impliquant le marché noir des bombes de peinture, des bodegas illégales, des baskets tombées du camion, une arnaque à haut risque et le collier d’une riche jeune fille qui est littéralement la clé pour qu’ils deviennent les plus gros graffeurs de la ville.

En lui-même, le scénario n’a pas grand-chose d’original. La thématique de la guerre des gangs est bien connue, le décor de New-York reste un grand classique. L’adolescence en mal de repères hante de plus en plus, encore plus en période de crise, la production cinématographique. On pense facilement à Fish Tank et son excellente Katie Jarvis : décors glauques, haine intérieure, apologie de la débrouille…

Reste qu’Adam Léon réussit à réaliser un film doux-amer qui sonne juste. On a plaisir à voir déambuler Malcolm et Sofia au coeur d’un New-York underground qui rappelle, cruellement quoique discrètement, l’autre versant de l’American Dream, les oubliés de la prospérité, l’envers du décor. Pendant une petite heure et demie, on voit défiler des immeubles marronnasses et des ruelles sombres. Il y a très peu de couleurs dans ce film, et il se dégage très vite l’impression d’une ville glauque et sans saveur, qui tranche avec la vivacité des protagonistes. Les symboles sont renversés : ce n’est pas Wall Street, ce n’est pas Time Square, c’est la pomme d’une équipe de sport locale qui est l’effigie de New-York. On visite avec curiosité les arrière-boutiques louches, on assiste à des transactions aussi légales que des financements politiques occultes, le tout sur un rythme endiablé, car les personnages sont toujours en mouvement. La première scène donne le ton : dans un petit magasin, Malcom et Sofia volent des bombes de peinture, avant de se faire pourchasser. On court beaucoup dans ce film, avec ou sans baskets (!).

Les dialogues également valent leur pesant d’or. On entendra certaines répliques d’anthologie, qui traduisent fraîcheur et verve. La comparaison d’une kippa avec un préservatif, notamment, détone. (Je vous laisse découvrir le reste en salle de cinéma !) En somme, ce film fait rire, et ce n’est pas courant au festival de Cannes. Ce qui est appréciable, c’est que Gimme the loot ne semble pas avoir de prétention autre que de faire passer un bon moment, sans tomber dans la lourdeur de la leçon de morale. Pour autant, en arrière-plan, il y a une vraie misère qui donne à réfléchir. L’absence de figure d’autorité est criante. D’autre part, les objectifs de ces jeunes adolescents sont dérisoires. S’ils ne couraient pas autant, le vide de leur existence serait vertigineux. Et même ces objectifs, ils ne les atteignent pas. Un retourne-ment de situation est toujours là pour leur rappeler leur impuissance et leur condition sociale. Ainsi, Malcolm finit par se faire humilier par une jeune bourgeoise à qui il pensait plaire et qui finit par lui signifier : « chacun à sa place ».

Tout ce qu’on peut regretter, c’est peut-être une petite sensation de déjà-vu. Les dialogues sont percutants, mais empruntent encore trop à des films des frères Cohen, ou des comédies comme In the loop. Le réalisateur peut davantage créer un univers qui lui est propre. Cela dit, allez-voir ce film !

Andromaque

etoiles-2etoiles-2etoiles-2etoiles-2etoiles

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Press Enter To Begin Your Search
×
%d blogueurs aiment cette page :