En cette belle soirée du 11 septembre 2014, je foule le tapis rouge de l’UGC Bercy à la première parisienne de Magic in the Moonlight (choisissez bien votre stage, les Pis). Une foule de fans est amassée contre les barrières dans l’attente du duo d’acteurs de la dernière perle de Woody Allen. Projetée sur grand écran, l’arrivée des deux « stars » subjugue le public. D’abord il y a Colin. Coliiiiiiiiiiiiiiiiiiiin. Le bel écrivain qui déclare son amour à une femme de ménage portugaise, l’avocat bon parti coincé épris de la maladroite Bridget Jones, le professeur taciturne et hanté par son amant perdu, et surtout le très touchant et oscarisé roi bègue de King’s Speech.

Ensuite il y a Emma. Jeune ingénue confrontée à la ségrégation dans l’Amérique des années 60, la craquante petite amie à l’écran et dans la vraie vie d’Andrew Spiderman Garfield, l’avocate fraîchement célibataire en quête de sensations fortes qui fait fondre Ryan Gosling. Emma Stone et Colin Firth nous présentent le film, elle de sa voix de velours incroyablement sexy, et lui avec sa simplicité et son charisme désarmants.

Magic in the Moonlight, le nouveau film de Woody Allen donc, est une comédie romantique qui se déroule dans les années 20. Stanley Crawford (Colin Firth) est un Londonien misanthrope et imbu de lui-même, connu dans le monde entier sous le nom de Wei Ling Soo, le prestidigitateur le plus doué de son époque. Son meilleur ami lui demande de venir démasquer une jeune Américaine, Sophie Baker (Emma Stone), qui se fait passer pour médium auprès d’une riche famille du Sud de la France, les Catledge. D’abord moqueur, Stanley va peu à peu se laisser impressionner par Sophie, qui fait preuve d’un don exceptionnel. Ebranlant toutes les convictions du morne magicien, Sophie lui laisse entrevoir un monde plus heureux, où la magie fait partie intégrante du quotidien et où le champ des possibles dépasse l’entendement…

Emma Stone est parfaite dans le rôle de jeune écervelée trompant un riche héritier. Woody nous dévoile son potentiel comique jusqu’ici sous-exploité (« my mental impressions are cloudy… ») et la sublime en pin-up des années 20 (mention spéciale à la chef costumière Sonia Grande). Plongé dans la Côte d’Azur des années folles, le spectateur ne peut que s’émerveiller devant le raffinement des costumes et la magnificence des décors (pour lesquels on remercie Anne Seibel, qui avait aussi travaillé sur les décors de Midnight in Paris): les grandes maisons de chaux blanche, les jardins colorés et fleuris, le soleil baignant sur la Méditerranée, nous persuadent que les contes de fées de Sophie Baker existent réellement.

Les dialogues, tantôt comiques, tantôt philosophiques, sont écrits avec justesse et précision. Leur lyrisme, la magie des décors et la fraîcheur d’Emma Stone contrastent impeccablement avec la misanthropie du personnage de Colin Firth, son rationalisme et sa tristesse.

Le film est aussi porté par des seconds rôles hilarants : Hamish Linklater, amoureux éperdu, Eileen Atkins, confidente malicieuse, Marcia Gay Harden, mère opportuniste, Jacki Weaver, veuve bercée d’illusions… Des illusions, Woody nous montre que notre quotidien en est peuplé, qu’elles nous permettent de vivre, d’avancer et de nous trouver. Magic in the Moonlight est une comédie fraîche et détonante, fruit de nombreux talents tant techniques qu’artistiques, et (je l’espère) le prochain succès de Woody Allen.

A.R.

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Clore son début d’année avec un Woody Allen : quoi de mieux pour dire définitivement adieu à nos longues soirées estivales et pour se préparer à la grisaille pluvieuse de nuits cergyssoises trop alcoolisées ? Le réalisateur américain nous emmène en effet dans le Sud de la France de la fin des années 1920 où règnent volupté et douceur de vivre dans cette comédie pseudo-philosophique, pseudo-romantique.

Le synopsis tend à nous séduire avant même de pénétrer dans la salle : un Anglais arrogant à l’ego surdimensionné (Stanley Crawford incarné par Colin Firth), connu sous le nom de Wei Ling Soo « le plus grand prestidigitateur du monde », vient tenter de démasquer une jeune et talentueuse médium (Sophie Baker sous les traits
d’Emma Stone) entrée dans le cercle privé d’une richissime famille américaine, les Catledge, qui lui vouent une admiration sans faille : le fils éperdument amoureux nous gratifie de splendides sérénades au ukulélé tandis que sa vieille mère a quasiment perdu tout capacité de raisonner sans fantasmer. L’enjeu pour Stanley est dès lors de rabaisser aussi bas que possible illusion, métaphysique et mysticisme. Son sarcasme est cependant mis à rude épreuve par les dons et le charme de la médium : le monde posséderait-il une profondeur de sens que seules les illusions nous permettraient d’atteindre ? Stanley pourrait-il se laisser tenter par le bonheur en quittant son cartésianisme primaire ?

Quel programme réjouissant en résumé ! Magic in the Moonlight nous propose un humour sarcastique, un décor rêveur ainsi qu’une quête philosophique à deux balles. Et puis, et puis… Et puis, le film commence. La musique casse les pieds, les miens du moins, déjà. Et le malheur ne fait que commencer puisque toute scène où il est question d’une virée en automobile reste accompagnée d’un air caricatural des années folles, à rendre fou. La magie est là mais elle ne prend pas pour autant : les sarcasmes, impeccablement écrits (peut-être trop facilement ?), fusent de la bouche de Stanley mais ne m’arrachent que des rictus; le Sud est censé être là mais ne semble qu’être une pâle copie salie par une esthétique californienne et désuète ; la quête philosophique grossière l’est beaucoup trop et alors que je pourrais m’esclaffer avec classe et distinction comme les jolis couples de quinquagénaires qui m’entourent, je me contente de survivre. Que de gâchis pour une telle réjouissance.

Magic in the Moonlight assume certes ce degré d’écriture et ces procédés humoristiques mais le film frôle le risible en cédant à une facilité regrettable. Heureusement, il ne le fait que le frôler, servi par des interprétations justeset drôles : Colin Firth convainc avec succès dans son rôle d’anglais imbu de sa personne (même si sa prestation souffre très largement d’un bien vilain « YOLO » balancé avant d’aller se baigner au bord des rochers) tandis que le charme ingénu d’Emma Stone laisse une bien agréable impression (bonus « jolie fille »).

La dernière séquence du film également sonne plus juste quand une quête amoureuse, toujours d’une connerie assumée, donne encore un peu plus d’épaisseur à l’arrogance extrême de Stanley, les sarcasmes étant laissés à Tante Vanessa (Eileen Atkins) qui infuse une dernière dynamique comique réussie placée sous le signe de l’amour. L’interrogation pseudo-philosophique trouve également sa synthèse, certes fort simpliste mais finalement plaisante, n’en demandons pas plus. En somme et comme j’aime le mot pseudo, avec Magic in the Moonlight Woody Allen ne nous livre qu’une pseudo-réussite.

Dauzburn

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