Prix de la mise en scène au Festival de Cannes 2011

Synopsis : Un cascadeur tranquille et anonyme se métamorphose dès que la nuit tombe : il devient pilote de voitures pour le compte de la mafia. La combine est bien rodée jusqu’au jour où l’un des casses tourne mal et l’entraîne dans une course-poursuite infernale. Il veut se venger de ceux qui l’ont trahi…

Drive, c’est d’abord le prolongement des Bullit, Taxi Driver – dont on fêtait cette année à Cannes le 35ème anniversaire de sa Palme d’Or – et autres westerns de Clint Eastwood à ceci près que les chevaux sont désormais sous le capot. Antihéros solitaire, malfaiteur au bon fond qui vient en aide à son voisin de pallier fraichement sorti de prison après avoir noué une relation plus qu’innocente avec la femme et le fils de celui-ci, notre pilote plus économe en paroles qu’en carburant s’en va faire la chasse aux mafiosi pour le joli minois de sa blonde de voisine. Voilà pour l’histoire, certes basique, mais que les éléments visuels, scéniques et sonores viennent enrichir en un long métrage dense et nerveux, porté par des acteurs dont le jeu tout en retenue (particulièrement vrai pour Ryan Gosling) vient illuminer l’ensemble.

Nicolas Winding Refn, jeune cinéaste au passif baroque new age (trilogie Pusher, Valhalla Rising le Guerrier silencieux) débarque cette fois à Hollywood et s’essaie -avec brio- au film d’action/thriller à gros budget. Il pose sa caméra dans le Los Angeles contemporain, dont les rues grouillent de dealers de crack et de règlements de compte à l’emporte-pièce. Le spectateur s’émerveille des contrastes de lumière entre les courses-poursuites nocturnes et les virées en bagnole au bord d’un canal aux milles reflets, entre l’exiguïté de l’immeuble où se noue la romance du Driver et de la blonde et les grands espaces californiens que les bolides viennent parcourir à la tombée du jour à tombeau ouvert.

Dans ce registre, Refn se situe à mi-chemin entre Tarantino et Mann. S’il emprunte à l’un la jouissance de la vitesse, le plaisir cathartique de montrer à l’écran un gros calibre exploser la tête d’une bimbo, un visage piétiné à mort, il ne cède pas aux sirènes du « film de voitures écervelé » à la Death Proof et ancre son récit dans la froideur, la classe sobriété d’un Miami Vice. A une différence près – et de taille – cependant puisqu’on est soudain envahis par des poussées d’adrénaline extatiques. On se laisse alors emporter par les images de LA by night sur fond de musique aux sombres accents électro-pop (Kavinsky, Nightcall, College, A Real Hero) d’où sortent parfois des envolées lyriques lumineuses.

Enfin, Drive, c’est l’histoire d’une rencontre entre Nicolas Winding Refn et un des acteurs les plus prometteurs de sa génération. En effet, le réalisateur danois met en scène Ryan Gosling (La Faille, Half Nelson) cascadeur et mécano le jour qui se mue en papillon de nuit chauffeur de braqueurs et truands en tout genre. Il a la trempe du héros solitaire, yeux mi-clos, regard calme, sourire modeste que vient parfois perturbé le mâchouillement d’une allumette. Car sous le fjord à l’avantageux physique se cache un tempérament de feu que révèle son improbable veste synthétique blanche floquée d’un scorpion doré, décidément aussi vintage que les muscle cars qu’il prend en main. Ryan Gosling irradie l’écran de ses coups de sang imprévisibles masqués par des dehors toujours tranquilles et une constipation verbale ; sa présence musclée mais pas bling bling rend son personnage aussi énigmatique qu’attachant.

Finalement, Drive c’est cette lutte constante entre lumière et ténèbres qui se ressent aussi bien dans les plis des personnages qu’à l’écran, baigné de contrastes clairs-obscurs saisissants ; point de manichéismes cependant, avant tout un plaisir visuel qui vous laisse, à la sortie du film, apaisé et enthousiaste.

J. Stark

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