Angélique est un sacré personnage avec ses penchants pour l’alcool, la cigarette, les soirées au cabaret, les rigolades avec les copines ou encore les flirts et amourettes sans lendemain. En somme, Angélique mène le quotidien typique de celui d’une jeune fille en fleurs qui s’enivre des délices destructeurs de la vie. Pourtant, Angélique n’est plus cette jouvencelle de 20 ans ; son maquillage outrancier ne lui permet pas de dissimuler ses soixante printemps ni les ravages de ses excès passés sur le visage. Mais qu’importe, Angélique fait fi du temps qui passe et ne se laisse pas désarmer par les convenances qui voudraient qu’elle s’assagisse. Du moins, jusqu’à ce que Michel, son client régulier, la demande en mariage. La tentation de mener une vie tranquille grandit sous le poids des conseils divers et épars ainsi que des incitations de ses quatre enfants. Mais si Angélique se laisse séduire par l’optique du mariage, c’est non pas par amour pour Michel sinon par amour pour ses enfants : le mariage devient une formidable occasion pour elle de les retrouver et de reprendre contact avec sa fille de 16 ans placée en famille d’accueil.

La capacité à faire évoluer le regard du spectateur durant ces deux formidables heures est un atout absolument remarquable de ce film. Notre jugement est d’abord relativement sévère vis-à-vis de cette femme fanée qui est contrainte de se peinturlurer le visage tant pour mieux se montrer que pour mieux se dissimuler. Elle nous semble complètement irresponsable, qui plus est à partir du moment où on apprend qu’elle a quatre enfants, chacun né d’un père différent, ainsi que des petits enfants – imaginez-vous un instant votre grand-mère faisant la bringue dans les cabarets et partageant la couche d’inconnus de passage.

Et pourtant, très vite, tous les jugements initiaux sur cette vie de dépravation s’évaporent au profit d’une compréhension et du développement d’une véritable tendresse pour Angélique, voire d’une remise en question de nos propres préjugés sur une appréhension de la vie qui nous est inconnue. Angélique, c’est la femme qui est suffisamment forte pour refuser de rentrer dans une case. Angélique, c’est l’incarnation de la Femme Libre. Mais son emménagement avec Michel signifie pour elle compromettre sa liberté : la voilà qui dit non au cabaret et oui aux taches ménagères – ses mains encombrées de lourds cailloux bling-bling sont d’abord occupées à saisir des martinis avant d’être tout entières tournées vers le balayage de la cuisine et la mise en forme des draps de lit. Et c’est là où, à mon sens, la vie d’Angélique prend son aspect triste : non seulement elle choisit une voie qui ne lui convient pas, mais en plus elle s’engage avec un homme dont elle n’est pas amoureuse, tout cela parce qu’elle finit par plier sous le poids de la pression des conventions alors même qu’elle leur avait tenu tête jusqu’à présent.

Toutefois, ce film souffle un vent de bonheur dès lors qu’il s’agit de voir Angélique avec ses enfants. Certes, Angélique n’est pas une mère poule, mais ce n’est pas pour autant que son amour pour eux est moins grand. On ressent sa tension lors de leur rencontre avec Michel ; durant la rédaction de sa lettre d’invitation à son mariage à sa fille placée en famille d’accueil, lettre qui sera décisive pour renouer le contact ; pendant les confidences faites à son fils ainé pour lequel elle a une admiration démesurée. Le climax d’émotions est atteint lorsque les quatre enfants font un discours en son honneur. La simplicité des mots employés et les tremblements dans leurs voix sont d’une telle justesse qu’ils laissent croire qu’ils dépassent la fiction et que nous assistons à de véritables aveux de gratitude.

Enfin, je conclurai sur deux points que je pense pertinent de souligner. Le premier, c’est qu’il n’y a pas de mise en avant de jolis paysages, si bien que ce n’est pas la photographie qu’on retient comme hélas beaucoup trop souvent aujourd’hui (souvenez-vous de ce désastre d’Aloft sauvé par la photographie), mais vraiment la façon dont on est happé et touché par les personnages.

Le second, c’est le fond social qui n’est pas tant mis en avant que cela (et c’est une véritable prouesse de réussir à ne pas tomber dans un vulgaire misérabilisme qui satisferait les bobos parisiens content de pouvoir pleurer sur le sort de plus malheureux) permettant de fait une identification quelle que soit le milieu dont on est issu.

En somme, gardez dans un petit coin de votre tête que Party Girl, l’histoire de cette Marquise des Anges perdus du 21ème siècle, sort en salle fin aout car il ne bénéficiera certainement pas d’une promotion de grande envergure contrairement à d’autres navets français. Et pourtant, ce film est, à mon humble avis, un des plus beaux du festival de Cannes 2014.

C.C.

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