Nicolas vit dans une petite ville de la province argentine « Entre Rios ». Son père Jorge, un médecin respecté, se vante de pouvoir mener ouvertement une double vie acceptée des deux côtés. Nicolas a du mal à accepter que son père refuse d’être appelé « papa » et qu’après avoir passé une journée ensemble, ce dernier retourne paisiblement avec son autre famille qu’il soutient bien plus financièrement. Dans son foyer, c’est Nicolas qui joue le rôle du père puisqu’il s’occupe de sa sœur et de son frère, réconforte sa mère, et gère les comptes familiaux. Le manque de cohérence entre ces deux mondes parallèles devient d’autant plus évident quand Jorge fait tout pour que Nicolas lui emboîte le pas : il l’encourage à devenir docteur et à reprendre le ranch dont il avait lui-même hérité de son père et dont la gestion le rapproche d’un colon des temps modernes. Nicolas se met à développer une haine contre son père dont il ne supporte plus les manières autoritaires et le machisme, mais surtout ce mode de (double) vie que personne n’ignore et pourtant que personne ne connaît. Au cours du film, le malaise de Nicolas grandit et sa colère accroît.

Ces deux sentiments emprunts de rage sont d’autant plus percutants que les scènes où ils sont bien mis en évidence sont entrecoupées de moments où Nicolas semble nager en plein bonheur. Le contraste abrupt permet de renforcer les émotions aux antipodes ainsi que le tourment de l’adolescent, tiraillé entre cette haine envers son père et le bonheur qu’il éprouve lorsqu’il est avec sa vraie famille. C’est qu’en effet, c’est essentiellement avec sa sœur, son frère ou encore sa mère qu’il connaît ces quelques rares moments de joie, lesquels constituent au passage parmi les plus belles scènes du film. Nous relèverons en particulier la scène du karaoké où sa sœur le force à la rejoindre sur scène : sa timidité initiale est vite éclipsée au profit d’un partage du moment présent avec elle en faisant fi du regard des autres, ce regard qui pourtant le dérange tant dans le cadre de son rapport avec Jorge. Sans oublier également la scène de la valse où le sourire de Nicolas est si franc qu’il procure une véritable sensation de bien-être au spectateur, en dépit du drame précédent.

Cela n’est pas sans lien avec le jeu époustouflant de l’acteur Alian Devetac ni son regard aussi bleu qu’il est pénétrant, permettant ainsi une communication puissante des émotions. A cet égard, la scène de la montée de rage au volant de la voiture, scène uniquement tenue par ses yeux embués de colère, est certainement la plus troublante du film.

Et dans ce film, pas d’effet technique particulier qui viendrait sauver un scénario un peu bancal puisque l’image est belle d’elle-même, contrairement à des films tel qu’Aloft où l’on a l’impression que l’esthétique justifie en partie une réussite (discutable) du film. Notons en particulier l’éclairage lumineux bleuté de la scène de la valse, un éclairage typique des salles de danse populaire à base de néons plastifiés de filtres, mais qui nous plonge dans une sorte d’espace-temps inconnu.

Enfin, terminons sur l’absence de pathos dans ce film, contribuant pour beaucoup à sa réussite. Nicolas n’est absolument pas enfermé dans ce rôle de victime torturée, ni Jorge dans un rôle de monstre – bien qu’il inspire le dégoût. Ce que le film exprime, et ce sans jugement aucun des personnages, c’est le façonnement des relations devenues naturelles et acceptées, et tristement de nombreuses fois avec douleur et résignation.

C.C.

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