Une pseudo Barbra Streisand, Gilles de la Tourette, une Demi Moore pré-rehab (quoique), un mariage, beaucoup de médocs et aussi beaucoup de cris…

Lynn débarque chez ses parents pour le mariage de son premier fils, Dylan, avec dans ses valises ses drames, ses déceptions et surtout Ben et Elliot, ses deux autres fils. Ce dernier force à l’envie sur les drogues et les médicaments, ce qui ne le prive pas d’une grande lucidité sur les joies des réunions de famille : grand-père qui part en live, mamie réac, tantes langues de biatch, oncles alcoolos et cousins très beaufs… Le parfait cocktail sur fond de drame familial inavoué. En effet le weekend s’annonce très joyeux ! Il y a quelque chose de dérangeant dans ce film, et pas seulement le résultat improbable des opérations de chirurgie esthétique à répétition d’Ellen Barkin, qui joue le rôle de Lynn.

Dès le début, la situation de Lynn est injuste, elle qui cherche à surmonter un drame personnel et à protéger sa fille se fait enfoncer par sa famille. On l’accuse de chercher les ennuis et d’en faire des tonnes, sans vouloir reconnaître qu’elle a vécu une situation difficile et pire, en l’accusant de l’avoir choisie. Durant toute une première partie du film, c’est énervant, presque dégoutant, de voir cette famille nier en bloc ce que le spectateur a pu comprendre dés les premières scènes. On attend qu’enfin la vérité soit faite sur cette sombre histoire et que « l’esprit de famille » fasse son œuvre. Oui la grande révélation a lieu, mais la réaction attendue pas du tout et nous laisse pantois. Pourquoi tant de mauvaise foi ?

Eh bien la réponse est simple, humaine, logique: on préfère s’attarder sur le bonheur des uns que sur le malheur des autres, de peur qu’il soit contagieux. Car oui, il est beaucoup plus facile d’accepter un ex-gendre et sa nouvelle épouse respirant outrageusement le bonheur que sa propre fille déprimée qui cherche à tout prix à régler ses comptes, fussent-ils légitimes.

Passée cette triste mais néanmoins véridique constatation sur le genre humain, que reste-t-il ? Une flopée de personnages barrés ou attachants : Ben, le petit frère un peu autiste qui filme tout avec sa caméra, Lee, le beau-père à l’ouest, Joe, le grand-père mourant dont on espère qu’il va tenir jusqu’au mariage, Dylan, le fils prodige mais qui mine de rien fait l’autruche face aux problèmes de sa mère ou encore Patty, la belle-mère hystérique et atrocement méchante. Enfin et surtout, Alice et Elliot. Kate Bosworth, interprète parfaitement le rôle de la grande sœur, Alice donc, dépressive et suicidaire dont tout le monde a peur. Et on a peur pour elle aussi qui va débarquer bientôt dans cette famille de fous. Pourtant, c’est elle qui sera la seule à retirer quelque chose de cet amalgame de révélations, coups bas et crises d’hystérie.

Et puis Elliot, joué par Ezra Miller, le Kevin de We need to talk about Kevin : ce mec sait-il faire autre chose que l’ado carrément flippant ?! Atteint du syndrome de Gilles de la Tourette (mais sans le coté je me tape la tête contre un mur en criant des obscénités), tout juste sorti de rehab mais encore accro aux médocs, Elliot est inconscient et immature mais le plus lucide de tous. Il subit ce weekend en le commentant de ses remarques acerbes et non sans participer et même provoquer les coups d’éclats généraux. « Je me contrefous de tout et tout le monde » semble être sa philosophie et pourtant il est le seul à respecter les rejetés de service, sa mère, sa sœur et son petit frère. Il se place comme le personnage central du film, le plus flippant car incontrôlable, mais en définitive le seul avec qui on aurait bien accepté de passer ce long weekend.

Ce premier film de Sam Levinson est donc très très réussi. Malgré quelques personnages exagérés et scènes moins crédibles (peut-on vraiment imaginer une personne aussi mauvaise et ouvertement méchante que la belle-mère jouée par Demi Moore et quand même accueillie à bras ouverts par toute une famille ?) le fils de Barry Levinson (Rain Man, Good Morning Vietnam, etc.) a bien hérité du talent de son père et Another Happy Day ne présage que du bon pour la suite.


Vannes grinçantes, scènes d’hystérie générale cocasses, ça pourrait presque être juste une comédie sur une famille de barges qui fête un mariage. A cela près que même si on rigole pas mal, il y a quand même quelque chose de pesant dans Another Happy Day qui reste avec nous une fois le film fini. L’idée que cette famille c’est un peu la nôtre en version très exagérée mais avec son lot d’hypocrisie et de « on s’aime tous, mais s’il te plaît si tu as un problème parles-en plutôt à quelqu’un d’autre ». C’est un mariage, tout le monde doit être heureux alors on occulte les problèmes comme s’ils n’existaient pas et malheur à celui qui aura le culot de vouloir casser l’ambiance. On laissera le mot de la fin à Elliot : « L’herbe ce n’est pas de la drogue, c’est comme un nounours ! J’ai arrêté les trucs forts, je ne prends plus que des drogues normales pour ados ! »

Little J_

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