En Russie occidentale, au bord de l’Océan Arctique, où des plages dénudées battues par les vagues, fouettées par le vent, s’étendent à perte de vue, il fait froid. Un bonhomme du nom de Nikolaï se fait harceler par le maire corrompu local, qui aimerait récupérer sa terre sympathiquement placée. Nikolaï fait donc appel à un ami avocat et commence une lutte de l’individu contre l’Etat, incarné par ce maire, symbolisé par un monstre marin. Les deux bonnes grosses références que sont le Léviathan de Hobbes et Le Livre de Job soulignent que s’il y a une chose dont ce film ne manque pas, c’est l’ambition.

En effet, le scénario (récompensé à Cannes), comme son nom pourrait l’indiquer, a lui-même quelque chose de monstrueux. Sans être démesurément long (2h20), le film regorge de grands thèmes (l’amour, la famille, la nature, les copains, l’Etat…), tous traités avec une même profondeur et une même énergie. La tentative d’expropriation et le personnage de Dimitri sont au centre du drame, mais sa femme (qui n’est pas la mère de son fils), son ami avocat, ses amis proches etc. sont très loin d’être survolés. Contrairement à certaines séries, les différents problèmes ou tensions dramatiques ne paraissent pas surajoutés et artificiels, fabriqués dans le but de créer un peu de substance. Ils émanent des personnages eux-mêmes, qui sont d’emblée insérés dans une dimension mythique. Si on peut saluer le courage du film, qui s’attaque de façon obstinée et pas toujours très subtile à l’administration de Poutine, le grand symbole éponyme est là pour rappeler qu’il ne faut pas non plus réduire le film au portrait d’une société précise.

Comme le dit le réalisateur lui-même : « si mon film est ancré dans le terreau russe, c’est seulement dû au fait que je ne ressens aucune parenté, aucun lien génétique avec quoi que ce soit d’autre. Je suis, cependant, profondément convaincu que, quelle que soit la société dans laquelle chacun de nous vit, de la plus développée à la plus archaïque, nous serons forcément tous confrontés un jour ou l’autre à l’alternative suivante : vivre en esclave ou vivre en homme libre. »
Voilà la question, assez fondamentale, que nous pose le film.

La mise en exécution de ce scénario, quant à elle, n’est pas en reste. Les paysages sont filmés, non pour leur beauté plastique afin de donner lieu à une contemplation poético-béate, mais pour ex-primer le poids du « contrat » qui s’oppose irrévocablement aux espoirs de liberté individuelle, avec cette apparence de champ infini de possibles où l’hostilité du climat enserre les êtres. Les acteurs sont tous exceptionnels, et de façon typiquement russe, des scènes plus légères à la limite de la farce se juxtaposent à des scènes d’une grands noirceur, ou plutôt, s’intègrent à une toile de fond où le tragique entame son grignotage progressif de la vie de ces personnages. Car l’ambiance générale est indéniablement pesante, et s’il y a une chose que l’on pourrait reprocher au film, c’est de ne donner presque jamais de répit au spectateur. Même les scènes muettes où on pourrait vouloir souffler sont chargées d’une intensité infatigable.

De façon générale, une certaine impression de « réalisation au marteau » se dégage (le personnage de maire, s’il est crédible, peut sembler caricatural). Non pas que tout soit absolument souligné, car si la fin, que je ne dévoile pas, conclut parfaitement l’histoire, il subsiste plusieurs interrogations, certaines questions étant laissés volontairement ouvertes, parfois de manière tout à fait pertinente et justifiée, parfois de manière moins évidente.

Fucking A.

etoiles-2etoiles-2etoiles-2etoiles-2etoiles

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s