1er mai 1994. Circuit d’Imola. Saint-Marin. La Williams-Renault n°2 quitte la piste et percute de plein fouet la glissière de sécurité. Magic Senna, au paroxysme de sa carrière, s’éteint. Un accident aussi brutal qu’inexpliqué. Un traumatisme pour des millions de gens. Le décès d’un immense champion qui marque la fin d’une époque. Le Brésil est orphelin de sa plus grande fierté.

En 2011, Asif Kapadia, traditionnel prestataire de la BBC et multi-primé décide de rendre hommage au pilote brésilien au travers d’un film documentaire. A l’appui d’images d’archive uniquement, il fait le choix de retracer l’ascension du petit prodige paulistano de ses premiers pas dans le karting vers les sommets du sport automobile roi : la Formule 1.

Le personnage a de quoi justifier un film à lui tout seul. Beau. Charismatique. Excessif. Généreux. Colérique. Tendre. Génial. Inconscient. Manipulateur. Si Senna est un peu tout ça à la fois, il est aussi le dernier pilote à avoir placé la course et le plaisir du pilotage au dessus de tout le reste. Le réalisateur britannique a un parti pris évident : Senna aime rouler, Senna aime gagner. Chaque séquence vient témoigner de cette passion dévorante. L’émotion est omniprésente chez cette machine à gagner, ce guerrier de l’asphalte, ce grand gamin aussi borné qu’attachant.

C’est sa relation avec Alain Prost qui nous plonge au cœur de toute l’ambiguïté qui le caractérise. A l’aide d’interviews inédites et de témoignages fascinants, on comprend ce qui fait Senna. Sa haine viscérale à l’égard du Professeur, leur rivalité sans merci sur la piste, les coups bas, les injures tissent une opposition dont l’intensité n’a plus été revue depuis. Mais le director construit habilement un propos tout en nuances et souligne malgré tout la sincère amitié qui avait fini par lier les deux hommes, après le départ en retraite du champion français.

On peut être surpris de la démarche: raconter une histoire que tout le monde connaît. Surtout sans passer par le prisme de la caméra qui caractérise les très bons biopics. A la différence de l’excellent Rush (de Ron Howard, sur la rivalité entre James Hunt et Niki Lauda), ici pas question de construire une légende fictive, on se contente des faits, rien n’est romancé. Une démarche documentaire qui s’assume.

Néanmoins, le dernier tiers du film est lourd de sens, il vous prend à la gorge. On comprend alors le pourquoi de la chose : tout le monde a vu les images de la Williams déchiquetée au Tamburello, peu connaissent la vraie histoire d’Ayrton. On saisit le drame d’un homme qui aurait déclaré à son grand ami et médecin de la course, le Dr. Watkin, tentant de le dissuader de courir : « Sid, on ne peut pas arrêter « . Un homme dévoré par sa passion, rongé par son envie – son besoin – de gagner. Ni sa grande foi, ni son palmarès immense, ni l’accident mortel de Ratzenberger la veille n’y pourront quelque chose: il doit devenir l’égal de son ami et rival Prost. Mais la mort en a décidé autrement.

A n’en pas douter le meilleur documentaire sur la course automobile et peut-être l’un des plus réussis sur le sport en général. Un témoignage vibrant, authentique, sur la grandeur et la faiblesse de ces combattants de la route. Le récit d’une rivalité mythique et de la noblesse qu’a tout grand champion à terrasser son plus grand adversaire : lui-même.

A.

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