Un film en noir & blanc. Des acteurs amateurs. Un réalisateur spécialiste des films d’auteur. Allez là, c’est Cannes! Sauf qu’on aura rarement autant rigolé devant un film présenté en sélection. En somme une très belle surprise et une belle bouffée d’air frais au milieu de tous ces films irano-ouzbeks.

Woody Grant, ex-garagiste, proche de sa fin de vie, récupère un bon lui indiquant qu’il a gagné un million de dollars. Néanmoins, la somme est à récupérer dans un petit bled du Nebraska à plusieurs centaines de kilomètres de chez lui. Sa femme et ses deux fils, ayant flairé l’arnaque et soupçonnant un début de sénilité chez le vieil homme, deviennent des habitués de ses fuites à répétition vers cette chimère qu’est le fameux prix. Un jour, David, le cadet de ses fils, alors qu’il le ramène pour la énième fois chez lui, décide de montrer la vérité à son paternel.

Et les voilà, tous les deux, partis dans la Kia du fiston — vendeur en matériel son — pour rejoindre le Nebraska. Mais un accident bénin en route et un concours de circonstances obligent Woody à passer quelques heures à l’hôpital puis à se reposer dans la petite ville qui l’a vu grandir et passer la majeure partie de sa vie. Le passé refait alors surface. Ce sont des scènes plus cocasses les unes que les autres qui vont se succéder. Toutes ayant pour toile de fond la prétendue nouvelle fortune de notre sympathique vieillard.

Du côté des acteurs, c’est que du bonheur. Acteurs pros et amateurs se rendent la réplique. Les mimiques du vieillard qu’est Bruce Dern et la performance hilarante de June Squibb viennent témoigner de ce soin qui a été apporté aux dialogues. Jamais de sur-jeu, juste une spontanéité extraordinaire qu’on n’avait plus vu depuis Little Miss Sunshine.

Nebraska : Photo

La réalisation est déroutante à première vue : on ne comprend pas immédiatement le choix du noir et blanc. Mais en définitif l’oeil finit par ne pas s’attarder sur tel ou tel plan. Il en ressort une homogénéité agréable à contempler dans ce portrait de l’Amérique profonde. Et une vraie attention à l’égard du jeu d’acteur. Tout est incroyablement crédible : des gens normaux qui ont des problèmes de gens normaux. Précarité, vieillesse, dettes, ennuis familiaux… On est très loin des plages californiennes ou de la magie new-yorkaise.

Côté ambiance, le ton se veut drôle et décalé mais on ne tombe jamais dans le burlesque. Au contraire, il est une vraie trame de fond qui explore les relations entre un père et son fils. Dans une Amérique qui construit des rêves, des illusions et se montre horriblement prédatrice à l’égard de ses seniors.

Avec un prix d’interprétation masculine au festival de Cannes 2013 et un très bon accueil par la critique, il est fort à parier que ce Nebraska aura un vraie vie dans les salles en avril 2014. Cela fait tellement de bien à ce cinéma américain si ouvertement critiqué pour ses superproductions à répétition : depuis plus de 60 ans, les réalisateurs US savent nous raconter des histoires et ils continuent de nous le démontrer. Que les critiques aigris du Vieux Continent se rhabillent et se ruent sur cette petite pépite.

A.

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