Palme d’Or du Festival de Cannes 2013

C’est l’histoire d’une jeune lycéenne, Adèle,et de son éveil amoureux et sexuel, d’abord avec les hommes, puis avec les femmes, ou plus particulièrement avec une femme, Emma, étudiante aux cheveux bleus, d’où le titre original de la BD dont le film est tiré, Le Bleu est une couleur chaude. D’ailleurs, Adèle ne choisit pas vraiment les femmes, elle choisit Emma spécifiquement.

Commence alors une histoire d’amour passionnée, lente, longue (la durée exacte n’est pas spécifiée dans le film, mais nous suivons les personnages sur plusieurs années, du milieu du lycée au début de la vie active), incroyablement incarnée. A ce titre, le jury présidé par Spielberg a eu entièrement raison de remettre la palme à la fois au cinéaste et aux deux actrices, tant Léa Seydoux, et surtout Adèle Exarchopoulos portent le film par leur fragilité, leur colère, leur rugosité, leur courage aussi, notamment pour filmer les scènes de sexe, très longues et extrêmement belles, en aucun cas gratuites : elles s’inscrivent complètement dans le récit de l’histoire d’amour, et illustrent très frontalement la jouissance, l’épuisement du désir (d’où la longueur des scènes). Adèle et Emma sont très différentes (et au final, trop différentes), et cette chronique d’une histoire d’amour (car le film au fond n’est que ça : radiographie d’une histoire d’amour, de ses débuts florissants, à son point final, déchirant, d’une tristesse infinie) commence bien par une attirance sexuelle, à l’image du coup de foudre entre les deux femmes, lorsqu’elles se croisent furtivement dans la rue au début du film.

Le film n’est pas exempt de défauts, notamment dès qu’il se fait trop démonstratif en matière de sociologie : la manière pas très subtile par exemple, dont Kechiche définit les milieux sociaux bien différents des deux filles : chez les bourgeois, on mange des huîtres, et dans la classe populaire, des spaghettis bolognaise. Mais ces quelques réserves sont balayées par le souffle extrêmement lyrique du film qui emporte tout sur son passage, les spectateurs compris, et ceci est dû en grande partie au fait que l’on adhère totalement au personnage d’Adèle, fille simple mais avide de tout, à l’aise avec son corps, à l’appétit démesuré (pour la bouffe, pour la littérature, pour le sexe).

Kechiche a réalisé, à mon sens, avec ce film le fantasme d’une bonne partie des réalisateurs français contemporains, embourbés dans un auteurisme creux et plat à la française : un film fleuve, ample, d’une ambition folle, à la fois naturaliste et lyrique, incarné (par les acteurs, mais incarné aussi dans le sens où il s’appuie sur des éléments extrêmement concrets : la ville de Lille, les milieux étudiants, la bourgeoisie etc., et comment ces éléments interagissent : par exemple, le dîner au cours duquel Adèle est mise à l’écart des autres, parce qu’ils sont bourgeois et qu’ils peuvent se permettre d’être suffisants ; le début de la vie active ; comment on vit sa sexualité, etc.). Faire d’un échec sentimental déchirant une épopée, à la force sidérante. Le système Kechiche consiste en des scènes extrêmement longues et extrêmement fortes (il est d’ailleurs l’un des rares réalisateurs français à vraiment travailler son film par « scènes » : c’est-à-dire avec des personnages, des enjeux, des dialogues qui changent les situations, et non pas une simple suite de dialogues illustratifs), scènes qui d’ailleurs ne doivent pas tant à l’improvisation contrairement à ce qu’on peut lire ici où là, mais plutôt, comme le confirment les actrices, à un travail monumental et rigoureux pendant le tournage, où chacune des scènes, qui sont écrites préalablement et au mot près, était répétée et filmée plusieurs dizaines de fois, jusqu’à épuisement des acteurs parfois.

En sortant des trois heures hallucinées que dure la séance, on rêve des chapitres 3 & 4, d’un film fleuve qui ferait huit ou neuf heures, et qui ne raconterait que ça, la vie d’Adèle, et la suite de son histoire d’amour avec Emma. Film magnifique.

Snow White

etoiles-2etoiles-2etoiles-2etoiles-2etoiles-2

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Press Enter To Begin Your Search
×
%d blogueurs aiment cette page :