Cannes, ce ne sont pas que les stars et le champagne. C’est avant tout la plus grande fête de cinéma au monde. L’occasion d’admirer nombre de merveilles qui occuperont les salles obscures dans les prochains mois. Mais aussi l’opportunité de redécouvrir des chefs-d’oeuvre du 7ème art dans la sélection Cannes Classics. Tous les ans, 20-25 longs-métrages sont mis à l’honneur et présentés dans des versions restaurées en marge de la sélection officielle. En mai 2013, c’était Alain Resnais et son chef-d’oeuvre de 1959 qui se voyaient offrir cet hommage.

Août 1957. Dans la chaleur moite d’Hiroshima, une jeune actrice tombe éperdument amoureuse d’un architecte japonais. Mais le film sur la paix, auquel elle participait, touche à sa fin et il ne lui reste que 24h à consumer dans la cité japonaise. Les deux amants se font face, terrorisés à l’idée de se séparer dans si peu de temps. Ils doivent s’aimer comme au premier et au dernier jour. Car le néant sentimental semble les attendre.

On est immédiatement subjugué par l’image. Le réalisateur de Nuit et Brouillard témoigne de ce brio qu’il a à maîtriser l’absence de couleurs. La profondeur de champ qui se dégage fait d’Hiroshima un lieu mystique, hors du temps, baigné dans une lumière irréelle. Chaque plan de la ville nucléaire nous rappelle à quel point il n’est pas de lieu plus symbolique pour écrire une romance.

Marguerite Duras, auteure du scénario, aurait pu choisir une cité en ruine de l’Europe post-1945 pour faire évoluer nos deux protagonistes. Mais il n’est pas de cette volonté de dire l’amour dans le chaos, mais plutôt un choix assumé de rendre ce sentiment contradictoire au possible. Se succèdent des plans somptueux de deux amants enlacés et des images de l’immédiat post-bombe A. Comme si, à la barbarie meurtrière de l’homme répondait cette capacité authentique qu’il a à aimer, sans compter, sans penser au lendemain.

C’est une vraie tentative de réhabilitation qu’Alain Resnais opère. Celui qui a dit mieux que quiconque les horreurs de la guerre, témoigne de cette nécessité de ne pas contrarier les sentiments à l’oeuvre en toutes choses. Ainsi, elle, jeune Nivernaise s’éprend successivement d’un soldat allemand puis d’un ancien militaire japonais, sans jamais prendre en compte la mesure de ses actes. Ou mieux que quiconque au regard de ce qu’elle va éprouver pour l’un puis l’autre. Comme si les conventions n’avaient rien à nous dire lorsqu’il s’agit d’aimer.

L’an dernier, on s’était entendu sur la performance extraordinaire d’Emmanuelle Riva dans Amour, une sorte de testament au regard de l’immense carrière de ce petit bout de femme. Si l’on s’attarde sur l’oeuvre qui a lancé sa carrière, on admet aisément qu’elle est peut-être la plus grande actrice que le Vieux Pays ait connu dans son histoire. Elle porte le récit à bout de bras. Par son verbe et son geste, elle nous dit tout de la poétique d’un tel sujet. Rarement une femme aura été aussi belle à l’écran.

Hiroshima, mon amour n’est pas une oeuvre que l’on regarde en curieux ou en cinéphile. Elle est un récit que l’on contemple en tant qu’être, vivant, sentant. A tout jamais, merci…

A.

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