C’est l’histoire non pas d’un, mais de trois mecs. Plus une nana. C’est l’histoire de quatre jeunes délinquants écossais qui exécutent des travaux d’intérêts généraux. Mais leur surveillant Henri, reconnaissable à sa bonne bouille et bonne bedaine anglo-saxonne, se prend de sympathie pour eux et s’attarde à partager sa passion pour le whisky en leur faisant visiter une distillerie et en les invitant à des dégustations. Chose incroyable, Robbie, un des délinquants, se découvre un véritable talent de dégustateur de whisky capable d’identifier les cuvées les plus prestigieuses… comme les plus onéreuses. Ainsi, quand Robbie apprend qu’un whisky d’une rareté exceptionnelle s’apprête à être vendu, il se dit qu’il y a des sous à se faire là-dessus ! Bref, lui et ses trois compères ont un plan : récupérer dans le fût dudit whisky une très légère partie de ce sacro-saint breuvage… Or sachez que le vieillissement d’un alcool dans son fût provoque l’évaporation d’une très légère partie du volume, laquelle porte un nom : la part des anges.

Somme toute, le nom du film est on ne peut mieux choisi ! Quoi de plus pittoresque qu’un jeu de mots entre cette expression propre au processus de fermentation de l’alcool et le comportement de nos jeunes délinquants ? Plus encore, cette comparaison entre nos mauvais gaillards et les anges est très osée : comment diable peut-on mettre au même niveau un ange et Robbie, responsable de la cécité d’un homme lambda ? Pourtant, au fur et à mesure du film, il devient bien plus difficile de trancher. Certainement en raison des personnages extrêmement attachants, et je pèse mes mots.

Autre chose remarquable dans le film, c’est le scénario. Il est incroyablement bien ficelé, et les dialogues sont fameux : drôles, enchevêtrement parfait, en plus d’être plein de poésie. Je dirai même plus que je n’ai rarement vu autant de poésie dans un film sorti ces dernières années. En fait, les dialogues sont au film ce que les cadeaux sont à Noël : on a beau savourer ce qu’on nous offre gracieusement, on en veut toujours plus. Certes, ce film a des défauts. Par exemple, comment se fait-il qu’Henri s’évertue à passer autant de temps avec des voyous qui initialement en ont strictement rien à faire de sa trombine (pardonnez-moi mais j’ai du mal à croire en la bonté naturelle) ? Comment un délinquant comme Robbie ayant enchaîné les frasques les plus méprisables peut-il réussir à se trouver une copine qui est mignonne, riche, pas trop bête, et qui lui donne un enfant (ce qui lui vaut d’ailleurs de se faire renier par son riche papa) ? Comment se fait-il que Robbie qui n’a jamais évolué dans un environnement olfactif prospère (je ne pense pas que les ghettos de Glasgow le soient), ni un environnement apte à lui favoriser un développement poussé de ses papilles gustatives, devienne un pro du whisky ?

Et pourtant, malgré quelques incohérences, ce film est un véritable bijou.

Les petits plus qui doivent vous inciter à y aller : pour l’accent écossais qui est juste MIAM, c’est un délice auditif ; pour Gary Maitland qui est tout simplement excellent dans son rôle de débile ; parce que c’est un film qui parle de whisky, et qu’après l’avoir vu vous aurez envie d’en boire même si vous savez que c’est pas bon ; pour la performance de Paul Brannigan que Ken Loach a repéré dans la rue ; parce que le film s’est tourné dans l’ordre chronologique, et que les comédiens ont découvert l’histoire progressivement au fil du tournage – ils ne connaissaient même pas la fin !

Cachalot

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