Adaptation d’un grand classique des comics, Watchmen d’Alan Moore (génie du scénario, aussi auteur du fameux Batman The Killing Joke) et Dave Gibbons (un des meilleurs illustrateurs de sa génération), Watchmen est probablement le meilleur film de super-héros réalisé à ce jour. Ceci est d’autant plus surprenant quand l’on sait que son réalisateur est aussi celui du très controversé Sucker Punch

Pourquoi ce film restera-t-il sûrement comme une référence incontournable pour les cinéphiles ? Tout d’abord cela tient au scénario, qui reprend très fidèlement celui d’Alan Moore, avec quelques scènes coupées ou de légères modifications, mais celui qui lira le comics n’aura aucune peine a reconnaître l’intrigue, les personnages, qui sont identiques jusque dans leur psychologie. Le film partait donc avec un atout considérable que sont loin d’avoir la plupart : un scénario absolument exceptionnel. En effet, Alan Moore n’est pas pour rien l’auteur de plusieurs grands classiques des comics : ses histoires sont toujours très inventives, l’intrigue très originale (je ne dirais rien de plus, regarder le film, vous serez surpris), et surtout les personnages sont d’une richesse incroyable. Alan Moore est probablement le seul homme sur cette bonne vieille Terre a avoir réussi a imaginer avec autant d’acuité ce que pouvait penser, ressentir un homme doté de super pouvoirs. Bien plus crédibles que les poncifs généralement développés par les scénaristes de comics moyens, ses personnages ne sont pas des super héros ou des super vilains à proprement parler, mais des hommes et des femmes, qui réfléchissent à ce qu’ils sont, à ce qu’ils doivent faire ou ne pas faire, à leur vie privée et leur rôle au sein de la société. Bien loin de la maxime gentiment niaise du Spiderman de Sam Raimy, « Un grand pouvoir implique de grande responsabilité », les Gardiens d’Alan Moore, et donc ceux de Zack Snyder qui en élève docile a marché sur les pas du maître, sont tantôt des salauds, tantôt des héros, tantôt inhumains, tantôt généreux, vengeurs ou justes et par la même terriblement humains.

Ainsi, ce qui fait la force du film c’est en partie la galerie de personnage imaginé par Moore : le Comédien tout d’abord, salaud se battant pourtant du côté du gouvernement, terriblement cynique, apparemment sans cœur, seul personnage à avoir réalisé que les injustices, les manipulations, les combats dérisoires contre le mal ne sont finalement qu’une vaste farce et que nous sommes tous les acteurs d’une terrifiante comédie. Ozymandias ensuite, ascète, devenu homme d’affaire après avoir été justicier, incarnant une pensée moderne et avant-guardiste en rupture avec la société (homosexuel, il défend un monde de paix et de pureté alors que la société sombre dans la corruption et que la Guerre Froide bat son plein). Rorschach, qui se voit comme la main implacable d’une justice dure et vengeresse, tout en étant un homme torturé au bord de la psychose, il sera paradoxalement le seul à conserver jusqu’au bout sa lucidité dans la soudaine folie qui va saisir le monde des Watchmen. Dr Manhattan, dieu parmi les hommes et pourtant terriblement affaibli par ses sentiments tout ce qu’il y a de plus charnels. Le Hibou, le Spectre Soyeux, tout ces personnages forment une galerie absolument incroyable et véritablement prenante.

Mais ce qui fait aussi la beauté et le génie de ce film, c’est sa photographie et sa bande-son. En effet, chaque image est soignée dans ses moindres détails : la lumière, douce, n’éclairant jamais que ce qui est nécessaire et toujours avec un angle juste, est absolument fabuleuse, de même que les prises de vues, d’une netteté et d’un esthétisme parfaitement harmonieux. Chaque image est pleine d’une puissance contenue (on trouve ainsi dans ce film la plus belle scène d’enterrement réalisée à ce jour) et un puissant jeu de redondances et de symboles est mis en place dans le film : les larmes du Comédien au milieu du film font écho aux gouttes de sang qui tombent sur son smiley au début du film, les images qui s’affichent sur le masque de Rorschach à celles que lui montrent en prison le psychiatre ainsi qu’à la trace de sang qu’il laisse à la fin du film. La musique est d’une beauté époustouflante, et on ne pourra jamais oublier The Sound of Silence raisonnant au moment de la scène de l’enterrement déjà évoquée (je suis d’ailleurs résolument décidé à la faire jouer le jour de ma propre mort).

Zack Snyder a de plus imaginé des solutions cinématographiques admirables : dans le comics original, les passages en BD sont entrecoupés de passage romancés racontant les origines des Watchmen (les héros présents dans le film étant en fait une seconde génération d’une ancienne bande de super-héros). Le Comics raconte donc deux histoires, une en BD et une par texte. Et bien le film de Snyder est tout simplement composé de deux films. Le premier fait une dizaine de minutes et raconte pourtant avec autant d’efficacité que n’importe quel long-métrage une histoire très complexe : il s’agit ni plus ni moins du générique du film, chef d’oeuvre absolu du court métrage. Chaque image contient de très nombreux éléments dont chacun à son importance, et c’est la vie de toute une équipe de super héros des années 30 aux années 70 qui nous est entièrement racontée, sans rien omettre : le rassemblement d’une bande de policiers masqués pour lutter contre les criminels eux-même masquer, le succès de cette entreprise, leur action pendant la guerre, la mort de certains, l’internement de l’un d’entre eux (d’ailleurs évoqué ensuite par Rorschach), l’arrivée de jeunes recrues, les émeutes anti-superhéros et la dissolution finale du groupe, tout cela est raconté en quelques plans absolument superbe, sur la musique The Times They Are Changing du génial Bob Dylan. Pour le spectateur attentif, le film regorge d’informations et tout, je dis bien tout ce qui est expliqué (ou laissé dans l’ombre) dans le film peut-être compris par le spectateur : Le visage de Rorschach vous dit quelque chose quand il est enfin révélé ? Normal, vous l’avez déjà vu une dizaine de fois sous l’aspect d’un homme passant avec une pancarte annonçant l’apocalypse alors qu’il suivait ses anciens partenaires où assistait à l’enterrement du Comédien, seulement, tout comme les autres personnages vous ne l’aviez même pas remarqué ! Vous êtes surpris de découvrir l’identité du méchant ? Repassez vous la scène de l’ascenseur et vous verrez qu’il tourne la tête étrangement tôt et s’arrange pour éliminer des hommes qui l’importunait quand il aurait pu les sauver (il est capable d’arrêter une balle à main nue). Vous doutez des présomptions de Rorschach à l’égard de l’orientation sexuelle d’Ozymandias ? Il traîne avec les Village People pendant le générique… Et j’en passe !

Bref, Watchmen est un petit bijou d’inventivité et de génie. De plus, bien que je n’en ai que peu parlé pour ne pas la spoiler (car ce serait terriblement dommage), l’histoire est vraiment originale, la fin inattendue et fait énormément réfléchir. Le seul reproche que je pourrais faire à ce film (mais il est tout petit) : Zack Snyder s’est un peu trop laissé dominer par le travail de Moore et Gibbons : de nombreux dialogues, de nombreux plans (notamment la chute du comédien avec en off la voix de Rorschach racontant la blague du clown Paillasse), sont des copies de passages du comics. Mais bon, c’est tellement bien fait, qu’on te pardonne Zack (par contre on te pardonnera pas pour Sucker Punch) !

Magnéto

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