Il est souvent étrange de constater à quel point la fiction, dans certains cas, peut rejoindre la réalité. Le film Yentl de Barbra Streisand en est peut-être un des plus beaux exemples. Il aura fallu pas moins de 16 années à Barbra Streisand pour mener à bien cet ovni cinématographique.

Après avoir lu et obtenu les droits de la nouvelle d’Isaac Bashevis Singer en 1969, il fut en effet difficile pour la jeune actrice/chanteuse d’obtenir les fonds nécessaires auprès des studios : en tant que femme déjà (les réalisatrices, à l’époque, se comptaient encore sur les doigts de la main), mais aussi car le film était jugé « trop juif » pour plaire au plus grand nombre.

Néanmoins, grâce à la détermination légendaire de la star, le film finit par voir le jour, après pas moins de 16 ans de pré-production, 20 réécritures, et une étude approfondie de la Torah et du Talmud.

Le film nous permet de suivre le parcours de Yentl, jeune femme juive ashkénaze élevée et instruite par son père dans un shtetl de Pologne au début du XXème siècle. A la mort de ce dernier, celle-ci, souhaitant poursuivre son instruction, se déguise en homme et fuit pour intégrer une yeshiva et continuer à étudier le Talmud, privilège alors réservé aux hommes. Mais ses sentiments la rattrapent lorsqu’elle s’amourache d’un autre étudiant, s’enlisant ainsi peu à peu dans le mensonge.

Après cinq premières minutes légèrement poussives dans leur description des inégalités, mais ayant toutefois le mérite de poser clairement les bases, la réalisatrice parvient à nous embarquer dans une fable inhabituelle, drôle, touchante et intense à l’esthétique rappelant certaines des plus belles peintures bibliques de Rembrandt, la lumière semblant même parfois émaner des personnages, comme pour symboliser leur quête de connaissance.

Elle réussit, de plus, à obtenir de remarquables performances d’acteurs, Nehemiah Persoff et Amy Irving étant tout deux bluffant dans leurs rôles respectifs de père fier et inquiet et de jeune femme soumise et abusée. Enfin, les chansons sont interprétées avec brio et passion par la chanteuse, qui parvient, par sa voix agile et d’ingénieux tours de passe-passe de réalisation, à dynamiser une bande-son volontairement répétitive (rappelant en cela le Talmud, dont chaque leçon fait référence aux précédentes).

Au final, le film recèle un charme indescriptible, sensuel, fascinant, et se révèle être un bouleversant cri du cœur contre l’intolérance de même qu’une intelligente réflexion sur les parts masculine et féminine de notre personnalité, qui permettra à Barbra Streisand de devenir la première femme de l’histoire à réaliser, écrire, produire et interpréter le rôle principal du même film, ainsi que la première réalisatrice à être récompensée au Golden Globes, après avoir été notoirement snobée par les Oscars (seul la musique y sera récom-pensée). Le film, trônant près de dix semaine au top 10 du box office américain, trouvera néanmoins son public, étant entre autres défendu avec ferveur par Steven Spielberg, qui qualifiera le film de meilleur directorial debut depuis Citizen Kane, de même que la grande critique de cinéma américaine Pauline Kael.

La réalisatrice peut donc être fière d’avoir créé cette première œuvre unique, différente, et d’un charme délicat, prouvant ainsi la véracité de l’une des répliques du film : « Nothing’s Impossible ! ».

Léo Becker

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